Au cœur d’Erevan, l’art du tissage du tapis arménien

Des tapis, filés à la main avec la laine de moutons arméniens… C’est la promesse de James Tufenkian, un Arménien installé aux États-Unis, qui veut perpétuer l’art du tissage de tapis dans son magasin-atelier d’Erevan. Visite.

Tufenkian Heritage Hotels est un immense bâtiment à l’angle du marché Vernissage. Le luxueux hôtel abrite un magasin-atelier où trônent des centaines de tapis de toutes les tailles. Les dix employés présents travaillent sur deux métiers à tisser. Tamara et Satik sont en charge d’un très grand tapis de deux mètres sur trois. À l’aide d’un couteau crocheté, elles croisent les fils en rythme. «J’adore créer des tapis, ils sont à chaque fois uniques et différents», commente Tamara dans un sourire. En Arménie, la tradition veut que chaque tapis possède son propre nom.

Cette ancienne policière travaille ici de 9 heures à 18 heures. Elle se dit «contente de ce qu’elle gagne», même si elle refuse d’en dire davantage. Son savoir-faire, elle le tient de sa mère. «J’en ai fait beaucoup quand j’étais petite. Ici en Arménie, tout le monde apprend à participer à la fabrication d’un tapis», indique l’artisane. Un travail de précision, et répétitif : elle réalise entre 8.000 et 12.000 nœuds au cours de sa journée de travail. 

Les Arméniens sont l’un des seuls peuples au monde à avoir produit du textile sur une aussi longue période, du 1er millénaire avant J.-C. à nos jours. Fabriqués par les Arméniens dès le XVIe, les tapis sont souvent dominés par la couleur rouge, obtenue à partir de la garance, une plante. « Tous nos tapis sont faits à la main, avec des laines d’Arménie ou du Tibet » explique Milena Minassian, l’une des vendeuses de Tufenkian.

En 1993, James Tufenkian décide de créer une entreprise de tapis à Erevan. Il compte aujourd’hui pas moins de neuf espaces de ventes dans le monde, dont six aux États-Unis, son pays d’origine. Mais ce magasin-atelier est le seul à produire les tapis, selon le savoir-faire traditionnel arménien. 

Satik et Tamara travaillent sur un tapis d’excellente qualité. Crédit : Julien Percheron

Le plus souvent, le décor des tapis est composé d’éléments de dragon ou de serpent, de fleurs et de croix chrétiennes. «D’ailleurs, poursuit la vendeuse, beaucoup de tapis turcs se sont appropriés ces motifs, et beaucoup de gens se demandent ce qu’ils symbolisent.»

Assise à côté de Tamara, Satik manie aussi son couteau avec une précision chirurgicale. «Le plus dur, complète-t-elle, c’est de bien respecter les éléments. Plus il y a de motifs dans le tapis, plus le nouage est dense.» Au plus, chaque mètre carré de tapis peut comporter jusqu’à 150.000 nœuds. «C’est d’ailleurs la qualité du nouage qui fait la qualité et le prix d’un tapis», indique Milena Minassian. Il faudra ainsi plus de trois mois à Tamara et Satik pour terminer le tapis sur lequel elles travaillent, qui sera vendu 6.000 euros.