Les vêtements traditionnels se réinventent

Le taraz, vêtement traditionnel arménien trouve une seconde jeunesse. Modernisé, épuré ou plus coloré, cette tenue est remise au goût du jour par des créateurs de mode. 

Dans son clip du titre PreGomesh, la chanteuse Sirusho se déhanche au son de sa pop sirupeuse. Lestée de lourds bijoux, elle est vêtue d’un costume traditionnel arménien, le taraz. Cette robe longue évoque quelque peu les vêtements médiévaux européens. «Le fait qu’une chanteuse aussi connue en porte un a participé à populariser cette tenue traditionnelle chez les jeunes», explique Ani Simonian, designer depuis huit ans au centre culturel Teyrian, à Erevan.

Chaque jour, elle fabrique au sein de son atelier des taraz, adaptés aux désirs et à l’esthétique de l’époque. Les lourdes broderies sont souvent remisées au placard, les longues manches sont raccourcies. «On épure les modèles», pointe Ani Simonian.

Fabriquer un taraz lui prend environ trois jours, selon l’importance des ornements, s’ils sont cousus main ou imprimés sur le tissu. Sans compter les recherches, indispensable car à chaque taraz correspond une région de l’Arménie différente. En Artsakh, les manches couvrant les avant-bras doivent être ouvertes sur le devant.

Les prix vont de 130 à 600 euros, en fonction de la partie artisanale. «On essaye d’être accessible à tout le monde», insiste Ani Simonian. «Pour que cela plaise, il faut mixer le nouveau et l’ancien en respectant la tradition», poursuit-elle.

Modèle de boots de Taraz Armenia, avec des imprimés traditionnels (Crédit : Anaïs Robert)

Dans cette démarche, la marque Tazar Armenia propose des sacs à main, des boots ou des foulards aux motifs traditionnels arméniens. «L’idée, c’est de continuer à faire vivre la culture arménienne, transmise de génération en génération», détaille la créatrice de la maison, Svetlana Hakobyan.

Si la forme reste présente, les robes de cocktails sont plus près du corps et les couleurs souvent vives. Moderniser sans perdre la touche traditionnelle est son mot d’ordre, partagé avec d’autres maisons arménienne comme Aram Nikolyan.

Un mélange entre mode contemporaine et traditionnelle

« Nos clients font partie de la classe moyenne supérieure », dit-elle. Chaque modèle, fabriqué en Arménie, coûte environ 650 euros. «Nous essayons de n’utiliser que des tissus locaux. Mais lorsqu’on ne trouve pas de fournisseur, comme c’est le cas pour la laine, on importe de Russie ou même d’Europe», détaille la créatrice. Ce détail n’est pas anodin pour les Arméniens, à en croire Ani Simonian. «Un couple m’a commandé des taraz. Ils ont catégoriquement refusés que les tissus viennent de Russie. Ils ne voulaient que ceux provenant d’Arménie», se souvient-elle.

Lorsqu’elle a commencé, Ani Simonian vendait principalement ses costumes aux touristes, comme curiosités locales. A présent, elle en écoule une trentaine par mois, davantage au printemps et en début d’été, pendant la saison des mariages. «Avant, les Arméniens ne regardaient que la mode contemporaine occidentale. Mais maintenant, ils font eux-mêmes un mélange entre les deux, avec des tenues quotidiennes jean et tee-shirt et de tenues du soir ou de cérémonie arménienne.» Elle réalise en ce moment des tenues commandées par une banque pour un colloque.

La scène arménienne de la mode prend ses marques

Accompagnant l’ouverture du pays, la mode locale s’est développée dans les années 2000 avec une multiplication du nombre de marques arméniennes. En 2016, selon le ministère du Développement économique et des investissements dans le secteur de l’industrie légère, la production de vêtement a augmenté de 32%, celle des chaussures et du cuir, de 26%. L’Arménie exporte de plus en plus, et la croissance des échanges avec l’Europe est la plus spectaculaire, même si la Russie reste le principal partenaire commercial.

Les maisons de mode arménienne peuvent aussi profiter d’une nouvelle vitrine, plus internationale. En 2014, s’est tenue la première Fashion Week à Erevan. Avec ses robes en taffetas cousues main, dont la fabrication prend jusqu’à dix jours, Svetlana Hakobyan est satisfaite d’avoir un écrin à la hauteur de ses créations.

«La mode, c’est véritablement de l’art pour moi», confie la créatrice dont la marque est aussi présente à l’étranger, notamment en Russie. Elle espère bientôt franchir un cap et présenter ses collections à Paris et à Milan. Néanmoins, ses principaux clients restent des Arméniens qu’elle espère, un jour, voir porter dans la rue des costumes plus traditionnels.