Les agences de tourisme se sentent délaissées par l’Etat

Le tourisme est un secteur porteur en Arménie, avec 26% de croissance en 2017. Si de nombreuses agences organisent la venue des touristes, elles réclament un coup de pouce à l’Etat pour donner plus d’ampleur à cette activité économique.

A Erevan, le tourisme est en plein essor. En 2017, le secteur était en croissance de 26%. En effet, les voyageurs sont de plus en plus nombreux à se rendre en Arménie. L’année dernière, ils étaient un peu moins d’1,5 million. Soit 250.000 personnes de plus qu’en 2016.

Mais les professionnels du secteur ne se sentent pas suffisamment soutenus pour assurer le développement du secteur. « Quand ils (les représentants du gouvernement, NDLR) disent que le tourisme est une priorité pour eux, c‘est à 90% des paroles », regrette Hakob Harutyunhan, associé de l’agence Voyage Arménie. Il fait remarquer qu’il n’y a plus d’office de tourisme « depuis 2007, ni de guichet à l’aéroport pour renseigner les touristes« .

L’hébergement en tension

« Jusqu’ici le développement du tourisme a reposé sur l’investissement des particuliers« , relève avec amertume Gohar Achouch-atoyan, responsable du marché francophone pour l’agence Armenia travel. « Dès qu’on sort d’Erevan, pour trouver des places d’hébergement, c’est difficile« , explique un peu gênée, Varsenik Porghosyan, qui a fondé l’agence Aragast travel. « A la campagne, il y a surtout des chambres d’hôte. Ce sont des particuliers qui ont aménagé leurs maisons pour accueillir des visiteurs« . Mais elles sont vite trop petites. « Pour des groupes importants, on est obligés de séparer les touristes dans deux maisons. Sinon on visite dans la journée puis on rentre dormir à Erevan « , détaille la directrice de l’agence.

En ce mois de février, les agences préparent déjà la haute saison, qui a lieu de mai à septembre. « Et tout est déjà complet, se réjouit Gohar Achouch-atoyan. C’est bien. Mais en réalité, si d’autres touristes veulent venir, on ne sait pas où on va les mettre« .

Sortir des églises et des monastères

Faute de soutien de l’Etat, les agences se sont appuyées sur leurs propres moyens pour développer des activités touristiques. « L’Arménie est connue pour être la première nation chrétienne, mais on ne peut pas visiter des monastères et des églises toute la journée. Les touristes s’ennuient, s’exclame Hakob Harutyunhan. Nous, on a choisi de miser sur les activités sportives: les randonnées, le ski« .

En 2014, pour faire la publicité du sport d’hiver arménien à l’étranger, il a contacté la fédération de ski alpin française pour qu’elle vienne s’entraîner dans le nord de l’Arménie. « A cette occasion j’ai filmé et monté une vidéo que j’ai diffusée sur internet. Ça a permis de faire connaître la région. Et depuis, les groupes sont de plus en plus nombreux« , se félicite-t-il.

L’Etat un acteur indispensable

« L’Etat n’est pas très riche. Il ne peut pas toujours faire plus, tempère Varsenik Porghosyan. Mais on a besoin de lui pour ce qui ne relève pas de nos compétences », insiste la directrice d’Aragast travel. Les agences attendent notamment que l’Etat démarche des compagnies aériennes low cost. « Les prix des billets d’avion sont trop chers. C’est environ 400 euros aller-retour lorsqu’on vient d’Europe, évalue-t-elle. Si les touristes veulent aller en Albanie ou en Géorgie, c’est moins cher« .

Les agences de tourisme proposent des circuits en groupe pour visiter les principaux monuments du pays. (Crédit: Elisa Centis).

« Il faudrait également que l’Etat entretienne les routes pour qu’on puisse mieux circuler à l’extérieur d’Erevan, tient à ajouter Gohar Achouch-Atoyan. La neige abîme les routes. Et seul l’Etat peut arranger ça« . Côté transports en commun, le pays a également des progrès à faire. «  Les bus ne sont pas toujours à l’heure et ils sont anciens. Comme la qualité n’est pas parfaite on ne les propose pas« , argumente-t-elle.

Les agences ne demandent pas nécessairement des aides financières, mais elles seraient heureuses de voir leurs impôts s’alléger. « Notre agence a enregistré une croissance de 20% l’année dernière, souligne Marina Sargsyan, directrice de l’agence Voyage Arménie. Mais nous ne pouvons embaucher à cause des charges« . De quoi envoyer un message aux autorités qui prévoient de créer 15.000 emplois dans le tourisme d’ici à 2020.

Quelques améliorations 

« Dès que l’Etat fait quelque chose c’est beaucoup plus efficace, salue la directrice de l’agence Aragast travel. En 2006-2007, c’était l’année de l’Arménie en France. Il y a même eu une exposition au Louvre. C’est grâce aux présidents des deux pays« . Cet événement a eu un impact direct sur le tourisme en Arménie. « Les bus étaient pleins!« , rappelle Gohar Achouch-atoyan avec entrain.

L’Etat permet également d’ouvrir le pays au reste du monde. » Il a négocié avec la Russie pour que le passeport russe suffise à voyager en Arménie. Même chose pour les Iraniens, se réjouit Varsenik Porghosyan. C’est bien! Si de nouveaux accords sont signés les touristes seront de plus en plus nombreux« .

Les autorités s’efforcent également de trouver un moyen de baisser le coût des billets d’avion. Le Comité d’Etat pour le tourisme fait savoir qu’en 2017, huit nouvelles villes ont ouvert des vols directs (moins chers que les vols avec escale) à destination d’Erevan. 35 villes, contre 27 en 2016, disposent désormais d’un accès direct à la capitale arménienne. Enfin, Hakob Harutyunhan se satisfait que le service auprès des touristes progresse: « Depuis six mois, il y a une navette qui relie l’aéroport au centre ville d’Erevan. Comme ça les touristes ne se font plus arnaquer par les taxis« .

Etudiante en Journalisme au CELSA.

J’aime beaucoup la politique.

 

Etudiante en Journalisme au CELSA. J'aime beaucoup la politique.