Nikol Pashinyan, du journalisme militant à la tête de l’opposition

À la tête de YÈLK, premier parti d’opposition en Arménie, Nikol Pashinyan est depuis toujours un habitué des luttes politique. Au départ journaliste, il est désormais un des principaux opposants au chef de l’Etat, Serge Sarkissian. 

Depuis ses 20 ans, Nikol Pashinyan a le militantisme chevillé au corps. Journaliste de formation, métier qu’il pratique 15 années durant, il dit en avoir eu marre d’entendre la même phrase: « ok Nikol, tu écris, tu écris… Mais que vas-tu pouvoir changer en réalité ? » Alors, en 2006 il se lance et se présente un an plus tard aux élections législatives, où il échoue. Mais ça ne l’a pas arrêté.

Depuis, il a réussi à se faire élire au Parlement. Aujourd’hui député au sein de la coalition Way Out Alliance (YÈLK), l’ancien journaliste co-dirige un groupe de neuf députés – sur 105 – en tant que leader de son parti Civil Contract fondé en 2015. À ses côtés, Edmon Marukyan (Bright Armenia) et Aram Sargsyan (Republic) forment cette alliance libérale et ouvertement pro-Union européenne. Ils remettent en cause le ralliement du pays à l’Union économique eurasienne composée, notamment, de la Russie et d’ancien satellites de l’URSS.

Jeune, déjà, Nikol Pashinyan cumule les mésaventures. Né en 1975 dans le Nord-Est du pays, à Ijevan, ce fils d’un professeur de sport et d’une assistance scolaire gagne Erevan en 1991. Inscrit au département journalisme de la faculté d’Etat d’Erevan, le jeune opposant politique se fait rapidement connaître. L’année des élections législatives de 1995, ses papiers critiques envers la corruption du gouvernement lui coûte même son diplôme.

Journaliste militant

« Après les élections, la direction m’a fait comprendre que, si je souhaitais revenir, je devais rédiger un article revenant sur mes propos. Ce que j’ai bien sûr refusé », assène-t-il. « Question de principe. »  L’affaire fait scandale. « J’étais déjà assez connu dans le pays et, honnêtement, cela m’a servi pour la suite », admet-il avec une once d’humilité. La suite c’est d’abord un journal, Oragir, qu’il fonde en 1998, « équipé d’un vieil ordinateur et d’une imprimante toute aussi âgée » se souvient-il fièrement.

Un an plus tard, Nikol Pashinyan rejoint la rédaction en chef du journal quotidien Haykakan Zhamanak. Là, son travail commence à déranger. Toujours critique envers l’ancien président Robert Kachyrian, il est condamné à un de prison pour diffamation et son journal est fermé.

De la parole aux actes

La présidentielle de 2008 chamboule le pays. L’élection de Serge Sarkissian est entachée de multiples irrégularités. En réaction, le parc Freedom Square d’Erevan est secoué par les manifestations pendant dix jours. Nikol Pashinyan fait partie des leaders. Anna Hakobyan, sa femme qu’il rencontre à l’université assure ne pas avoir été surprise : « j’ai toujours su qu’il ferait de la politique » affirme-t-elle. « Même avant qu’il s’engage les pressions du milieu faisaient partie de notre quotidien. »

Les événements de 2008 finissent par dégénérer. « Un jour, tôt le matin, la police charge pour nous disperser, mais nous nous sommes juste déplacés ailleurs », déplore-t-il en accusant le gouvernement. Les rassemblements se transforment en émeutes. Le bilan est lourd : huit personnes meurent dans les émeutes.

Nikol Pashinyan lors d’une manifestation. (Crédit: YELK) 

Nikol Pashinyan est poursuivi pour avoir organiser des protestations de masse, et meurtres. Il refuse de se livrer et le gouvernement l’accuse d’avoir pris la fuite à l’étranger. « Je me suis caché pendant un an, mais je n’ai jamais bougé d’Erevan », assure-t-il malin. Après s’être rendu, le leader politique va même jusqu’à qualifier de honte le fait que les services du pays ne soient pas parvenus à le retrouver.

En janvier 2010, il est condamné à sept ans de prison. Anna Hakobyan n’en dort plus la nuit. « Cette fois j’avais peur pour sa vie. Je me couchais chaque soir sans être sûr que son cœur continuait de battre. » Nikol Pashinyan obtient finalement l’amnistie un an plus tard, sous la pression de l’Union Européenne. « Lorsque que je me cachais puis en prison, je n’ai jamais cessé d’écrire », raconte-t-il, « je m’attache à être présent quotidiennement dans la société arménienne. Question de principe », une nouvelle fois.

Changer le pays radicalement

Quand on lui demande ses sources d’inspiration, Nikol Pashinyan cite Nelson Mandela ou Lech Walesa, premier président d’un pays de l’ex-URSS élu démocratiquement. « Des hommes qui ont changé leur pays de manière radicale, mais surtout de manière positive », explique-t-il.

Un plan radical il en a un aussi. Pour la première fois, l’ex-journaliste montre des signes d’excitation passionnés. « Serge Sarkissian s’apprête à rester au pouvoir en briguant le poste de Premier Ministre après deux mandats présidentiels. Il s’agit d’une action anti-démocratique, » affirme-t-il poing fermé. Mobiliser oui, mais peut-il y croire aujourd’hui ? Nikol Pashinyan le reconnaît : « pour l’instant, il n’y a aucun signal positif qui permette d’y croire. Mais je continuerai. »