Mkhitaryan, partie émergée d’un football arménien en difficulté

Les transferts mirobolants de Henrikh Mkhitaryan, la star du football arménien, ont permis à son club formateur de percevoir un retour sur investissement. Mais avec un impact modéré sur le Pyunik Erevan, dont les résultats et l’attractivité ne sont pas au niveau escompté. 

Aucun club d’Arménie ne peut se targuer d’avoir formé un joueur ayant trimballé son talent dans les plus grosses écuries du Vieux continent. Henrikh Mkhitaryan est notamment passé par le Borussia Dortmund, Manchester United et Arsenal, où il évolue à présent. Mais bien avant de connaître les fastes de la Premier league (le championnat anglais), le meneur de jeu a porté les couleurs du Pyunik Erevan… actuel avant-dernier du modeste championnat d’Arménie.

Pourtant club le plus titré du pays, avec 14 couronnes de champion, le Pyunik (« phoenix » en arménien) espérait surfer sur la vague d’engouement et les retombées financières, au fur et à mesure que le joueur gagnait en notoriété. Mais le bilan final est plus mitigé.

Les fameuses indemnités de formation passées au crible

Financièrement, lorsqu’un joueur de moins de 23 ans est transféré, le ou les clubs ayant formé ce joueur entre ses 12 et ses 23 ans, ont droit à une indemnité. Celle-ci est proportionnelle au nombre d’années restées au club. Un club reçoit 90.000 euros par an de formation et 10.000 euros pour les années entre les 12 et 16 ans.

En 2009, Mkhitaryan, qui a alors 20 ans, part pour le Metalurg Donetsk, en Ukraine. Une belle indemnité de formation attend le Pyunik, puisque Mkhitaryan joue au club depuis ses 6 ans. Le club de la capitale arménienne peut donc toucher 10.000 euros, multiplié par cinq (indemnité entre 12 et 16 ans) et 90.000 euros, par 4 (indemnité entre 16 et 20 ans). Soit la rondelette somme de 410.000 euros.

Problème, Mkhitaryan a rejoint le club ukrainien libre : le Metalurg n’a pas eu à verser un seul centime pour attirer la pépite. L’indemnité de formation étant calculée en fonction du montant du transfert (0€ en l’occurrence), les dirigeants du Pyunik passent à côté de la somme.

L’année suivante, Mkhitaryan rallie l’un des meilleurs clubs ukrainiens, le Chakhtior Donetsk, contre 7,5 millions d’euros. Mais l’indemnité de formation ne peut toujours pas s’appliquer: ce mécanisme ne vaut que pour les transferts « internationaux« , d’un pays vers un autre. Cette transaction intra-ukrainienne ne compte donc pas.

Le terrain d’entraînement du Pyunik Erevan, bordé par les collines (Crédit: Douglas De Graaf)

Une contribution de solidarité qui tombe à pic

Lorsque Mkhitaryan est enfin transféré d’un pays (l’Ukraine) vers un autre (l’Allemagne, au Borussia Dortmund) contre 27 millions d’euros, il a plus de 23 ans et le procédé devient caduc. Mais le Pyunik va finalement bénéficier d’un autre mécanisme prévu par la Fifa, la contribution de solidarité.

Selon cette dernière, une année passée dans un club avant les 16 ans du joueur donne droit à 0,25 % de l’indemnité totale du transfert, et 0,5% entre 16 et 23 ans. Le manager général du Pyunik, Andronik Tsaturyan, assure n’avoir pas « reçu d’informations sur cette somme qui aurait dû versée à l’époque du transfert vers le Borussia« . En cause, les clubs plus huppés peuvent se permettre de négocier des transferts « peu transparents« , qui ne permettent pas aux clubs formateurs de réclamer leurs droits.

Mais il confirme le versement de cette contribution lors d’un autre transfert en 2016. Mkhitaryan passe du Borussia Dortmund à Manchester United, en Angleterre, contre 42 millions d’euros. « Par souci de confidentialité », il ne révèlera pas la somme perçue, mais jure qu’ »elle peut être calculée facilement soi-même ». En basant les calculs sur les règlements de la Fifa, on obtient 3% de 42 millions, ce qui fait 1,26 millions d’euros.

Un montant à prendre avec beaucoup de pincettes cependant, tant les transactions financières dans le football sont complexes et les « grands » clubs peuvent dicter leur loi. Le montant perçu par le Pyunik peut ainsi être bien inférieur à la somme calculée. Dans tous les cas, il constitue néanmoins « une belle somme à l’échelle du football arménien », comme le glisse la responsable presse Anush Ananyan.

Grâce à ce montant, le Pyunik en profite pour investir dans les infrastructures du club. Des terrains en synthétique (dont la mise sur pied est très coûteuse) voient le jour, des vestiaires sont créés, la stratégie de développement numérique est affinée… « Ça permet aux jeunes du club d’évoluer dans de meilleures conditions, et ça donne donc plus de chances de faire éclore un futur Mkhitaryan« , sourit le manager général.

Andronik Tsaturyan, manager général du Pyunik Erevan (Crédit: Douglas De Graaf)

Un impact limité

En termes d’influence et de capacité de rassemblement, l’attractivité autour de la star du football arménien ne s’est pas concentrée uniquement autour de son club formateur. « Cela attire certes plus de jeunes, qui voient que Mkhitaryan a été formé ici. Mais sans argent, les clubs ne peuvent pas faire grand-chose et c’est là où le bât blesse« , poursuit Andronik Tsaturyan.

Ni les instances politiques, ni les investisseurs économiques privés ne se sont intéressés au Pyunik, malgré la médiatisation de son ancien joyau. « Le football en Arménie ne rapporte pas d’argent pour les investisseurs. Quel intérêt pour eux de miser dans ce secteur?« , soupire le manager général du Pyunik.

L’engouement populaire, de son côté, n’a pas, non plus, été aussi important qu’escompté. La faute à un attachement plus important des Arméniens pour l’équipe nationale que pour les clubs. « Dans le Sud, les gens supportent avec passion leur club local. Mais ici, à Erevan, ils ont d’autres préoccupations que le football. En réalité, le championnat arménien est d’un niveau trop faible. L’équipe nationale, qui joue de gros matchs contre de grosses nations, est plus intéressante à voir jouer. »

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Etudiant en Master 2 à l’école de journalisme du CELSA, je suis passionné par le journalisme sportif, et notamment les rapports d’influence mutuelle entre le sport et l’identité, la culture, les problématiques sociétales …

Etudiant en Master 2 à l'école de journalisme du CELSA, je suis passionné par le journalisme sportif, et notamment les rapports d'influence mutuelle entre le sport et l'identité, la culture, les problématiques sociétales ...