Un football arménien en pleine crise

Faillite financière, mauvaise gestion, résultats en berne, le football arménien est empêtré dans la plus grosse crise de sa jeune histoire. Une situation difficile marquée par des problèmes financiers et un désintérêt pour le championnat national.

Seulement six clubs en première division. Un chiffre famélique qui n’a cessé de diminuer ces dernières années. Référence footballistique durant l’ère soviétique, le football arménien ne parvient toujours pas à retrouver sa gloire passée. En cause: des problèmes financiers qui ont conduit certains clubs à mettre la clé sous la porte.

En 2016, le club de Mika Ashtarak annonce sa fermeture seulement quelques jours avant le début de la compétition. « Le club appartenait a l’un des hommes d’affaires les plus riches d’Arménie qui avait plusieurs entreprises notamment dans le pétrole. Quand son affaire s’est écroulée et qu’il a perdu beaucoup d’argent, le club est tombé avec lui », se rappelle Vera Martirosyan, journaliste sportive pour NEWS.am. « Tout est une question d’argent » selon elle.

Simples biens de riches propriétaires, semblables à des jouets, les clubs de football sont loin d’être une priorité quand l’économie se crispe. « Il n’existe pas de business autour du football ici. Pas de billetterie, peu de sponsors, un club ne leur rapporte pas d’argent donc ils n’investissent pas dedans, mais ils préfèrent le garder pour ‘s’amuser' », raconte la journaliste.

Pour essayer de survivre, la qualification pour les compétitions européennes est primordiale. En Arménie, le premier du championnat se qualifie pour la Ligue des champions; le second, le troisième et le vainqueur de la Coupe pour la Ligue Europa. « Tous les ans, c’est l’enjeu principal. La qualification rapporte suffisamment d’argent (entre 200.000 et 400 000€ environ, NDLR) pour permettre aux clubs de couvrir leurs principales dépenses. Mais ils ne peuvent pas faire de folie et acheter des bons joueurs pendant le mercato », explique Vera.

A la mi-saison, Alashkert est premier au classement, devant Gandzasar Kepan et le FC Banants. (Crédit : Clément Dubrul)

Dans le viseur de la journaliste également, la fédération nationale. Pour Vera, « elle ne sert à rien, ou presque… Elle organise les matchs tous les week-end, c’est la moindre des choses. Mais c’est un poids pour notre football. La ligue devrait s’émanciper d’elle pour se développer sauf qu’elle ne peut pas. Ces gens sont bien accrochés à leur siège ».

« Un gros problème de mentalité »

Pour Arman Abelyan, journaliste sportif à télé publique arménienne et fondateur du site spécialisé Vivaro News, l’argent n’est pas la seule cause de la crise. « Il y a aussi un gros problème de mentalité. Chez les jeunes, le football est loin d’être une priorité » lance-t-il. « Il n’y a pas cette culture de l’effort comme dans d’autres pays, pourtant on a toutes les installations nécessaires pour les aider ».

En témoigne, le centre d’entraînement du FC Banants, club de la banlieue ouest d’Erevan. Installées au milieu du quartier de Malatia Sebastia, ses infrastructures sont dignes d’un club professionnel occidental. Un tout nouveau terrain artificiel vient d’ailleurs tout juste d’être installé il y a seulement deux mois. Une académie de football a été également ouverte en 2010 à Erevan pour permettre aux jeunes de se former dans les meilleures conditions possibles.

Suffisant pour avoir le prochain Henrikh Mkitharyan, l’idole du pays qui évolue aujourd’hui à Arsenal en Angleterre? « C’est difficile à dire, d’un côté on a énormément de joueurs très talentueux. Certains sont même plus talentueux que lui. Mais d’un autre côté, il y en a peu avec la même mentalité de travailleur que lui… » avoue avec frustration Arman. Le salaire mensuel moyen d’un footballeur professionnel s’élevant à seulement 150 000 drams arméniens (environ 250€), de nombreux joueurs ont des envies d’ailleurs. « Beaucoup préfèrent aller gagner de l’argent en Russie. Ils partent pendant quelques années, puis finissent par revenir en Arménie lorsqu’ils ont gagné assez d’argent et que leur carrière n’a pas décollé ».

Le FC Banants vient tout juste d’installer un nouveau terrain synthétique. (Crédit : Clément Dubrul)

Un championnat qui n’est même plus diffusé à la télévision

Autre facteur expliquant ce désintérêt pour le football arménien, le contexte géopolitique du pays. En plein conflit avec la Turquie et l’Azerbaïdjan, difficile de se focaliser sur le terrain. D’autant plus que le service militaire, d’une durée de deux ans, met fin à de nombreuses carrières naissantes de footballeurs. « Pour les membres de l’équipe nationale, il y a un programme ajusté. Mais pour les autres, rien du tout. Du coup, de nombreux jeunes reviennent au bout de deux ans et ne sont plus du tout impliqués dans le football », explique Arman.

Aujourd’hui la première division arménienne n’est même plus diffusée à la télévision mais sur YouTube, sur la chaîne officielle de la fédération et celle des clubs. Les stades sont vides et le désintérêt du peuple arménien pour son propre championnat est flagrant. Mais tout n’est pas perdu selon Vera Martirosyan: « L’année prochaine on devrait déjà revenir à huit clubs, c’est une bonne chose. Puis on a de très bons jeunes joueurs, il faudra bien les encadrer pour ne pas tout gâcher ». Pour Arman, l’optimiste est plus mesuré: « la route est encore longue et difficile. Le paradoxe c’est que même si on a pas de grands résultats, les Arméniens adorent le football. Ils sont passionnés par leur équipe nationale. Malheureusement, le championnat n’est pas au niveau… Du coup ils se rabattent sur le Real Madrid, le FC Barcelone… et le club dans lequel joue Henrikh Mkitharyan! ».