Le business florissant des tapis Megerian

Fondée en 1917 à New-York par la famille d’origine arménienne Megerian, l’entreprise de tapis éponyme s’est construit une réputation mondiale. Elle est devenue une référence dans l’art du tapis arménien et un acteur des relations diplomatiques. Visite au cœur de l’atelier d’Erevan.

Le pape François, Charles Aznavour, la star nationale de football Henrikh Mkitharian… La longue liste des clients de l’entreprise « Megerian Carpet » est pour le moins prestigieuse. Cette année, elle fête ses 100 ans. Un siècle durant lequel l’entreprise familiale n’a cessé de grandir.

Dans l’atelier de la banlieue sud d’Erevan, quatre femmes assises en ligne devant des milliers de fils enchaînent les doubles nœuds. Elles s’attèlent à la fabrication d’un énorme tapis commandé par le gouvernement à l’occasion du 2800ème anniversaire de la capitale Erevan. « Cela fait un an qu’elles travaillent sur ce projet. Heureusement qu’elles sont quatre, à une personne la fabrication aurait pris plus de cinq ans ! » s’exclame Hasmik Sayadyan, qui gère l’atelier.

Le tapis pour le 2800ème anniversaire d’Erevan est en cours de fabrication. (Crédit : Clément Dubrul)

Grâce à son savoir-faire et son carnet d’adresses bien fourni, la société s’est forgée une réputation mondiale. Ses premières usines ouvrent leurs portes à partir des années 70 dans plusieurs pays : Egypte, Chine, Roumanie… Ce n’est qu’en 2002 qu’elle décide de revenir aux sources, en Arménie. Souhaitant promouvoir les mérites de la culture arménienne et l’art de la création de tapis, elle ouvre 25 usines dans tout le pays, dont une à Erevan. Basée sur la technique historique du double nœud et l’utilisation de couleurs naturelles, les tapis Megerian deviennent des œuvres d’art au même titre que les œufs de Fabergé.

Ce succès a transformé l’entreprise en acteur de la politique et de la diplomatie arménienne. En visite ce mercredi dans le pays, le président bulgare Roumen Radev devait se rendre dans le musée et l’atelier de Megerian Carpet à Erevan. « Tout est prêt pour sa venue, on a privatisé les lieux pour l’occasion. On fonctionne comme ça avec tous les dirigeants qui viennent dans notre pays », explique Hasmik Sayadyan. La preuve que les tapis Megerian sont devenus une fierté nationale.

Les Clooney, prochains destinataires d’un tapis Megerian. (Crédit : Clément Dubrul)

Tous les ans, la société offre des tapis à des personnalités qui ont œuvré en faveur de l’Arménie. A l’instar de la star Kim Kardashian. Cette année, c’est la famille Clooney qui a été choisie. « Georges et Amal Clooney se sont beaucoup engagés pour la reconnaissance du génocide arménien. On a donc décidé de les remercier pour leur action en leur offrant ce tapis en mars prochain », affirme Hasmik en caressant le futur cadeau.

Chaque année, des milliers de touristes du monde entier viennent visiter les installations. Elles repartent bien souvent avec un tapis du cru. Les prix allant de 50 euros à plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’euros, l’entreprise familiale s’est construit un empire autour du tapis arménien.

Clément Dubrul