Un campus international de luxe dans les collines arméniennes

En 2014, un établissement flambant neuf est sorti de terre au beau milieu du Parc national de Dilijan. Dans cet endroit reculé, surnommé la Suisse arménienne, des jeunes venus du monde entiers posent leurs valises pour deux ans afin de partir à la découverte d’autres cultures.

Dans l’atrium, pas un bruit ne vient troubler le silence. Vidé de ses 210 étudiants, le bâtiment flambant neuf du United World College (UWC) de Dilijan ressemble à un centre commercial futuriste à la veille de son ouverture. Sous le plafond de verre, des coursives aux couleurs acidulées projettent des ombres zébrées dans le hall baigné de lumière. Les énormes banquettes rose fuschia de l’accueil n’ont pas un pli.

En ce samedi après-midi, la plupart des élèves ont pris la poudre d’escampette. Certains profitent du temps radieux pour dévaler à ski les pistes enneigées environnantes, d’autres sont partis en virée à Erevan.

Le campus a été construit en 2014. Crédit : Emilie Salabelle

Une mélodie méditative résonne au fond du hall. Assis devant un piano à demi-queue, Gurjen, un élève venue de Russie, profite du calme du week-end pour peaufiner un morceau de sa composition. Son oeuvre sera évaluée lors de ses enseignements de musique, l’une des matières qu’il travaille de manière intensive. Les jeunes sont poussés à choisir des domaines qui les passionnent et dans lesquels ils excellent. Avec un professeur pour cinq à quinze élèves par cours, les conditions de travail sont très privilégiées.Comme les 17 autres UWC répartis dans le monde, les élèves de Dilijan préparent en deux ans un bac international (BI).

82 nationalités entre quatre murs

Ici, seuls 10% des pensionnaires viennent d’Arménie. 82 nationalités se côtoient ainsi en marge de la petite ville escarpée de Dilijan. Une concentration de nationalités exceptionnelle pour un pays dont la présence étrangère ne dépasse pas les 5%. C’est le pari que se sont lancé Ruben Vardanyan, homme d’affaire russe d’origine arménienne, et son épouse Veronika Zonabend, qui ont financé les installations : donner à l’Arménie une réputation mondiale en matière d’éducation d’excellence. Si les frais d’inscriptions s’élèvent à 35.000 dollars par an, à Dilijan, 96% des élèves bénéficient d’une bourse. Cette année, près de la moitié des inscrits voient leur scolarité entièrement prise en charge.

A la cafétéria, Camille, 17 ans, mange à l’arménienne. Il attrape une portion de riz dans un morceau de lavash, cette galette fine à base de farine de blé, avant de l’engloutir. Unique représentant français des première année, le jeune homme est dans son élément. « A Paris, je m’ennuyais terriblement, j’avais envie de partir, quel que soit l’endroit « , annonce-t-il d’une voix assurée. Pourtant, comme une bonne partie de ses amis, le jeune homme n’avait pas prévu d’atterrir au fin fond de l’Arménie. Passionné par l’Extrême Orient, il avait classé le Japon, la Thaïlande, et la Chine en premiers choix. « Je ne connaissais rien de ce pays, je n’avais pas regardé à quoi l’école ressemblait… Mais je ne regrette absolument rien ! » affirme-t-il.

Camille est le seul Français de première année de l’UWC. Crédit : Emilie Salabelle

Au loin, les abords de Dilijan se dessinent. Le superbe campus impose un face à face écrasant aux habitations vétustes dispersées à flanc de la colline, rendant particulièrement criant l’écart de richesses. « C’est vrai que le contraste entre l’école et les habitations post-soviétiques est frappant. On vit complètement dans une bulle », observe Camille.

Mais la présence de l’UWB est en réalité une aubaine pour la ville. C’est d’ailleurs l’autre raison d’être de l’établissement, implanté ici pour dynamiser l’économie régionale. Le corps enseignant et les élèves gonflent les besoins et les perspectives de développement de nouveaux services. «Les gens de l’école utilisent tout le temps les taxis, ils vont manger en ville…» énumère Camille. Depuis l’implantation du campus, de nouveaux restaurants ont ouvert.

Un campus futuriste comme vitrine internationale

Surtout, l’école veut intégrer au maximum la population locale dans ses projets. Chaque élève s’engage dans un mission sociale. Beaucoup d’entre eux s’occupent des enfants du coin, par le biais d’activités ludiques ou sportives et de soutien scolaire. Ces engagements extra scolaires sont déterminants dans l’obtention du BI. Quant aux complexes sportifs du campus, ils sont mis à la disposition de la population locale.

En Arménie, l’UWC est un symbole de fierté. Toutes les personnalités du pays sont venues en signer le livre d’or, de Charles Aznavour au groupe de métal System of a down. Mais l’antenne de Dilijan offre aussi une vitrine internationale au petit pays du Caucase.  « Il y a vraiment des talents incroyables dans ce lycée, raconte Camille. En musique, en peinture, mais aussi en maths… Certaines années, ils ouvrent une classe spéciale pour les génies des nombres.» Ce vivier de talents rayonnera ensuite dans les plus grandes universités mondiales.

Cette lycéenne péruvienne profite des nombreux équipements sportifs mis à disposition. Crédit photo : Emilie Salabelle