L’ONG qui fait pousser des arbres pour lutter contre la déforestation

L’ONG Armenian Tree Project a planté plus de 5 millions d’arbres en Arménie depuis 1994 pour pallier la déforestation. Son action a également permis la création de nombreux emplois dans les villages isolés accueillant les réserves d’arbres et de végétaux. Visite de celle de Karin, à 30 minutes de la capitale.

Depuis 24 ans, Samvel Ghandilyan se rend tous les jours au village de Karin, à 30 minutes d’Erevan, dans la province d’Aragatsotn. Le trajet en pick-up est pénible, la route cabossée et percée de nid de poules. Ce quinquagénaire travaille pour l’organisation Armenia Tree Project, fondée en 1992 par l’américaine Carolyn Mugar pour combattre la déforestation. En 2012, l’organisation estimait que la forêt ne couvrait plus que 7% du territoire arménien, contre 11,5% en 2005.

Samvel est en charge des “nurserys”, ces réserves de plantes et d’arbres destinés à être replantés ailleurs. “A mes débuts, je ne connaissais rien à l’entretien des fleurs, des végétaux et des différents arbres. Aujourd’hui je connais leurs spécificités sur le bout des doigts. Mais je continue d’apprendre tous les jours”, confie-t-il. Ani Melkonian, 24 ans, s’occupe, elle, de la communication. Aujourd’hui, elle est accompagnée de Christina, une jeune allemande d’origine arménienne, qui souhaitait visiter la serre. “Je participe aussi aux camps organisés pour les enfants, j’aide au replantage, à certains travaux dans les serres… Nous donnons tous un coup de main”, sourit Ani.

De gauche à droite : Ani Melkonian, Samvel Ghandilyan et Christina. (Crédit : Asmaa Boussaha)

En arrivant à Karin, la voiture brinquebale de plus belle à cause de l’état de la route. La minuscule localité n’est composée que de quelques maisons où vivent les gens qui travaillent pour Armenia Tree Project. Tout en ouvrant le portail de la réserve naturelle, Ani explique qu’il y a trois programmes d’action : le plantage d’arbres en milieux urbain, la sensibilisation des plus jeunes et la réduction de la pauvreté.

On ne veut pas seulement reverdir le pays, on veut aussi que les gens bénéficient des arbres et des végétaux. On offre  des arbres fruitiers pour que dans les villages pauvres, les gens puissent revendre les fruits”, explique Ani. La jeune femme détaille aussi l’action auprès des jeunes : “les enfants sont les meilleurs, car ce sont eux les plus actifs. Je me souviens d’un atelier sur le tri des déchets. Une maman m’a appelé car son fils ne voulait plus la laisser jeter quoi que ce soit !

Fleurs et plantes sauvages

Samvel déambule à travers les rangées de plantes. Avec l’hiver, les arbres sont encore petits, beaucoup sont encore sans feuilles. Ici, on n’utilise aucun produit, pas plus qu’on ne soigne les plantations, sauf absolue nécessité. “Nous n’utilisons ni tuteur, ni engrais, affirme-t-il fièrement. Car si les arbres tiennent dans ces conditions, ils seront ensuite résistants.” Remplis de cailloux et de grosses pierres, les sols de la réserve ont, eux, dû être retournés et aménagés.

Une fois dans la serre, Samvel s’aventure au milieu des fleurs et plantes sauvages. “Celles-ci n’ont aucun intérêt économique en soi. Mais nous les cultivons et les replantons car ce sont des végétaux typiques de l’Arménie. Nous ne voulons pas les perdre”.

Samvel tient beaucoup aux plantes cultivées dans la serre. (Crédit : Asmaa Boussaha)

Dans le bâtiment principal, les murs sont ornés de photos qu’Ani montre avec fierté, comme celle de la fondatrice de l’ONG avec Barack Obama. Dans un salon, un “arbre de vie” s’élance jusqu’au plafond, avec sur chaque feuille le nom d’un donateur. “Avant, il n’y avait rien ici, raconte Samvel. Les gens que nous employons et qui travaillent dans les serres sont d’anciens réfugiés ou descendants de réfugiés arméniens qui fuyaient le Haut-Karabagh. J’ai proposé à l’organisation d’implanter une serre dans ce lieu. Aujourd’hui, dix personnes travaillent ici.” En tout, ce sont 80 personnes qui sont employées par Armenia Tree Project dans le pays.

Si l’association se targue d’avoir réussi à replanter environ 5 millions d’arbres depuis sa création, plusieurs points noirs viennent pourtant nuancer ce succès : plantes dégradées, insuffisamment soignées, arbres mal en point, refus de certains villageois de s’en occuper… Il y a également les déchets qui s’accumulent au pied des arbres dans certaines localités. “Nous faisons ce que nous pouvons, concède Ani. Planter des arbres c’est facile. Faire évoluer les mentalités, c’est autre chose”.

Asmaa Boussaha