A Armavir, un centre se bat pour mieux soigner les enfants handicapés

Dans la région d’Armavir, en Arménie, les enfants handicapés des communautés rurales souffrent d’exclusion. Le centre spécialisé d’Arevstag tente de changer les mentalités. Il entend aussi révolutionner des méthodes de soins jugées inadaptées.

Thérapies par l’art, ergothérapie, séances avec psychologues et orthophonistes… Le Centre de soutien aux enfants handicapés Arevstag, installé à Armavir, à 40 kilomètres d’Erevan, veut repenser les soins habituellement dispensés en Arménie. Objectif, mieux intégrer les jeunes en situation de handicap. «Nous procédons d’abord à une évaluation psychologique des enfants. Puis nous adaptons nos thérapies à leurs besoins. La thérapie par l’art est particulièrement efficace. Nous les faisons manipuler des matériaux naturels comme la sable, les feuilles, la terre cuite. Cela développe leurs sens», explique Margarit Setrahyan, employée social du centre, en présentant les peintures et petits objets fabriqués par quatre enfants venus de villages de la région.

Chaque pièce du centre est dédiée à un type de thérapie. A l’intérieur, des petits groupes de deux à quatre enfants vaquent à leurs occupations, encadrés par un ou deux adultes. «J’ai très vite remarqué des progrès chez mes enfants», témoigne Svetlana, une mère originaire d’Armavir, dont les faux-jumeaux Narek et Ani, 7 ans, présentent des retards de langage et fréquentent le centre une fois par semaine depuis un mois.

Narek et Ani, 7 ans, accompagnés de leur mère dans le centre de soutien aux enfants handicapés Arevstag. / Crédit: Julien Percheron

Arevstag accueille actuellement 25 enfants âgés de 4 à 18 ans, et quelque 125 enfants à l’année. « Notre objectif principal est de les faire participer à la vie sociale, car ils en sont souvent exclus, explique Margarit Setrayhan. Dans les écoles spécialisées mises en place sous l’ère soviétique, et qui doivent bientôt être réformées par l’Etat, les enfants n’ont pas d’espace de liberté. Et leurs soins ne sont pas adaptés à leurs besoins», détaille-t-elle.

Tabou social

Parmi les quelque 570 enfants handicapés recensés dans la région, nombreux sont ceux qui vivent dans des villages reculés. Des lieux où avoir un handicap, qu’il soit physique ou mental, reste tabou. «Dans certains cas, les parents ne veulent pas accepter que leur enfant a un problème. J’ai rencontré un couple qui était persuadé que leur enfant était surdoué», confie Naïra, une psychologue du centre.

Naïra, psychologue au centre, prend en charge les enfants en retard de développement ou avec des troubles du comportement / Crédit: Julien Percheron

«Les mentalités sont encore parfois arriérées et il y a un manque de sensibilisation auprès des parents sur le sujet, surtout dans les campagnes», ajoute Sofik Minassian, la psychologue en charge… des parents. «Car eux-aussi doivent en quelque sorte être soignés», souligne-t-elle. Et celle-ci de raconter cette histoire d’un homme qui, lors d’un recensement dans un village du coin, a déclaré n’avoir que trois enfants au lieu de quatre pour cacher le handicap de sa fille.

Des comportements qui laissent à penser que le pourcentage de personnes handicapées recensées en Arménie, de l’ordre de 8% selon le ministère des Statistiques, serait sous-estimé.

Autre difficulté, l’isolement des enfants qui vivent dans des villages reculés. Pour y remédier, des véhicules spécialisés sillonnent la région afin de les conduire au centre. «Arevstag prend en charge le transport. Nous, nous habitons dans le village de Voskihat, à 35 km d’Armavir», témoigne Hasmik, venue accompagner sa fille adoptive Ilona, 11 ans, pour consulter une psychologue.

La thérapie par l’art est jugée très efficace par Margarit Setrahyan : « elle permet aux enfants d’exprimer leur monde intérieur. » / Crédit: Julien Percheron

Des difficultés de financement

Toutes les activités du centre sont financées par les ONG internationales Unisaid et Save the Children et l’association locale Unison. Fondé en 2016, le centre est toutefois déjà menacé. «Nous avons des budgets pour un an encore mais, à partir de 2019, nous devrons trouver d’autres sources de financements », explique Margarit Setrahyan.

Arevstag compte sur le projet de réforme annoncé par l’Etat pour bénéficier d’aides publiques. Et pour que les méthodes innovantes mises en oeuvre dans ses murs se généralisent à toutes les écoles spécialisées dans la prise en charge d’enfants handicapés.