À Areni, on produit du vin depuis 6.000 ans

Au sud de l’Arménie, le village d’Areni est connu pour être l’un des plus anciens sites de vinification au monde. De manière très artisanale ou plus professionnelle, ses habitants vivent largement de cette activité. Reportage.

«Sans raisin, on ne peut pas vivre à Areni». Gayané Khachatzyan cultive la vigne et des pêches avec son mari depuis 18 ans. Ses mots résument la situation économique du village, situé au coeur des montagnes du sud de l’Arménie. Ici, l’activité repose entièrement sur la production de vin.

Les 2.000 habitants du village prennent presque tous part à la fabrication de ce breuvage, dont Areni est le berceau. Des fouilles archéologiques menées en 2010 ont permis de découvrir le plus ancien système de vinification au monde, datant de 4.100 avant J.-C. Cette zone géographique possède d’ailleurs son cépage éponyme.

Gayané Khachatzyan et son mari au milieu de leur exploitation viticole. (Crédit : Aline Bottin)

Hormis le vin, pas d’autres revenus possibles à Areni. Résultat, beaucoup partent travailler à l’étranger. «Nous avons vécu une dizaine d’années en Russie, mais notre patrie nous manquait trop et nous avons décidé de revenir», expliquent Gayané Khachatzyan et son mari, Arsen Baghdasaryan. Leur retour a été motivé par la qualité du raisin local. «Si notre vin est bon, c’est grâce à la nature, pas forcément au savoir-faire de telle ou telle personne», poursuit l’agricultrice.

Une technique de fabrication ancestrale

C’est pourtant sur le savoir-faire que mise Rafik Samoukyan. En 1994, dans la foulée de l’implosion du bloc soviétique, il reprend un établissement viticole d’Etat. L' »Areni Winery » est née. «Après avoir très longtemps utilisé des machines, nous avons voulu revenir au mode de fabrication ancestral du vin, il y a deux ans», raconte Rafik Samoukyan.

Ce sont ses grands-parents, eux-mêmes nés ici, qui lui ont enseigné la technique qu’il utilise aujourd’hui. Le raisin est foulé au pied, et le nectar vinifié dans de grandes jarres en terre cuite appelées « takars ». Le fondateur tenait à ce que ces jarres soient d’aussi bonne qualité qu’à l’époque de ses aïeux. Dans ses caves, certaines datent… de 1904.

Rafik Samoukyan devant son établissement viticole. (Crédit : Aline Bottin)

L’entreprise de Rafik Samoukyan emploie plus de soixante personnes originaires d’Areni et des villages alentours, dont le tiers travaille dans les vignes. Chaque année, elle produit près de 200.000 bouteilles qui sont vendues à travers tout le pays, mais aussi en Russie et en Chine.

Les exportations représentent 40% des ventes de l' »Areni Winery ». À sa création, Rafik ne s’attendait pas à ce que son activité prenne une telle ampleur. Il pensait seulement développer de manière professionnelle ce que beaucoup font très artisanalement.

Exercer une autre profession

C’est le cas d’Anna Sahakyan. Au détour de la route qui découpe ce paysage lunaire, cette femme tient un stand sur lequel elle vend, entre autres, du vin au litre. Ce dernier est produit par son mari et sa belle-mère. «Le vin d’Areni est de meilleure qualité qu’ailleurs, c’est ce qui nous permet de gagner assez d’argent pour vivre», détaille la commerçante.

Elle est convaincue que son vin artisanal est meilleur que celui fabriqué en exploitation agricole mais nie toute forme de concurrence. «Chacun a ses avantages et ses défauts, au final, les consommateurs y trouvent leur compte, c’est ce qui importe», explique-t-elle.

Sur son stand, Anna Sahakyan vend du vin artisanal au litre (Crédit : Aline Bottin)

Anna Sahakyan confie que la fabrication et la vente de vin est un travail de longue haleine. Elle l’exerce pourtant sans rechigner. «On voulait pouvoir offrir une éducation à nos deux enfants. C’est une fierté que d’y être arrivé. Ils pourront exercer une autre profession et continuer de vivre à Erevan où ils font actuellement leurs études», raconte-t-elle.

Les enfants de Ganayé Khachatzyan aussi ont quitté Areni. Si la tradition se perpétue depuis six millénaires, les nouvelles  générations ne semblent pas toutes prêtes à reprendre le flambeau.