Quand la préservation de la nature se met au service du tourisme

Depuis 2014, la Fondation intercommunautaire et environnemental de Gnishik veille à la protection et à la préservation d’un écosystème riche dans la région de Vayots Dzor. Une manière de développer l’écotourisme et d’endiguer la fuite des habitants.

Dans la région de Vayots Dzor, au sud du pays, là où coule l’Arpa, la Fondation intercommunautaire et environnementale de Gnishik (Gnishik IEF) ambitionne de redonner un second souffle à trois communes dévastées par le chômage. Car à Kachik, Gnishik et Areni, malgré la fuite de nombreux habitants, des richesses, il y en a, assurent les membres de cette association. « Les montagnes abritent 900 types de plantes, 500 espèces animales dont 27 en danger », résume Arus Narsisyan, la directrice des fonds de la fondation.

« Lier le tourisme écologique et culturel », indique Arus Nersisyan. « Le futur de la fondation dépend de cet écosystème économique », détaille-t-elle. Balades en Jeep, en VTT, à cheval, randonnées… La fondation développe toute une batterie de services touristiques. Mais pour elle, son innovation est ailleurs. « Notre but est de coopérer avec les villages alentours sans perdre de vue les problèmes particuliers que chacun peut avoir. Machines agricoles pour l’un, arrivées d’eau pour un autre, éclairage des routes… » Du développement durable qui ne dit pas son nom, pour un territoire de moins de 1800 habitants.

Une activité pas encore rentable

Pour lors, en termes d’hébergement la fondation Gnishik ne peut accueillir que quatre touristes à la fois. Mais, « s’ils sont plus nombreux à nous solliciter nous les logeons chez des habitants des villages de l’intercommunalité », explique Arusiak Mikaelyan, directrice du département tourisme de la fondation. En 2017 ils étaient une centaine venue d’Europe, de Russie et mêmes des Etats-Unis. Certains en pèlerinage à Noravank, vieux monastère du 13ème siècle, et d’autres pour faire de la randonnée. Parfois les deux.

Samvel Karapetyan, ranger de la fondation Gnishik IEF (crédit: Antoine Colombani)

« Le potentiel est énorme », juge Arus Nersisyan. Elle prend pour exemple la ville d’Areni, parvenue à se faire une petite réputation après l’organisation d’un festival autour du vin, en 2008. 5.000 personnes s’y sont rendus en 2017. Pour la directrice, « Areni a profité de sa notoriété pour ouvrir d’autres usines. Si nous développons l’écotourisme, d’autres usines ouvriront et les gens ne souhaiteront plus partir », espère-t-elle.

Pas encore bénéficiaire, Gnishik IEF est majoritairement financé par le Fond Caucasien pour la Nature (CNF) et le World Wildlife Fund (WWF). Cette dernière a même réglé la facture du siège de la fondation à Eghegnazor, 35 millions de drams (environ 60 000 euros). L’ONG fournit également tout le matériel dont se servent ses gardes forestiers pour compter, répertorier et protéger la faune et la flore du territoire.

Un savoir unique

Au coeur de la préservation de cet espace naturel : Samvel Karapetyan. Au volant de sa vieille UAZ-469 – une imitation Jeep made in URSS pas tout à fait surannée – cet ancien démineur et chasseur repenti surveille la zone. « Avant, dit-il en mimant son doigt sur la gâchette, je faisais comme ça, pan. Aujourd’hui, cette fois le doigt sur un déclencheur (d’appareil photo, NDLR), je fais comme ça, tchac ». 

Chaque jour, l’homme veille sur les 3000 hectares de terres que se partagent les villages. La fondation négocie aujourd’hui l’adhésion de quatre autres villages supplémentaires dans le circuit : Chiva, Rind, Yelpin et Arpi. Elle espère ainsi agrandir la superficie de ses terrains protégés et engager de nouveaux rangers issus de ces villages. Arus Narsisyan est convaincue que cette organisation est un moyen de doper la compétitivité sur le long terme de la fondation sur le long terme. « Le savoir que nous développons est unique. Personne ne connaît les montagnes comme Samvel ».