Un temple pour rassembler les réfugiés yézidis

Les yézidis constituent la minorité religieuse la plus importante d’Arménie. Mais son intégration reste difficile. A Aknalich, ils construisent un temple pour fédérer leur communauté.

Dressé en face du mont Ararat, au cœur du village d’Aknalich, le plus grand temple yézidi du monde prend forme. Pour l’instant, le sanctuaire haut d’une dizaine de mètres est encombré de nombreux échafaudages. La construction nécessite l’importation de pierres de granit et de marbre venues d’Irak, berceau de cette religion. Un souhait de la communauté locale.

Alit Oroudjan, yézidi, participe à la construction du temple. (Crédit: Aline Bottin)

Alit Oroudjan est yézidi et tailleur de pierres sur le chantier. Il habite le village depuis toujours avec sa famille, et cet édifice religieux est une véritable fierté pour sa communauté. « Dans le chantier, je m’occupe de polir et de tailler les pierres », commente-t-il fièrement, désignant de ses mains calleuses des ornements ciselés en forme de soleil sur les parties extérieures du sanctuaire. « Le temple sera haut de 25 mètres et comportera sept dômes, qui représentent les sept anges de notre religion », explique-t-il.

Dans ce village de 3.000 habitants prend forme le symbole de l’union des yézidis en Arménie. Un pays où ils sont accueillis depuis le début du XIXe siècle. Implantés majoritairement au Kurdistan et dans le Caucase, ils constituent l’une des plus anciennes populations de Mésopotamie. Ils honorent un Dieu unique, Malek Taous qu’ils représentent par un paon, symbole de beauté et de pouvoir. Leur croyance s’est développée autour du Zoroastrisme, une religion monothéiste de l’Iran ancien. Ici, à Aknalich, une quarantaine de familles yézidies est installée et vit principalement de l’élevage et de l’agriculture.

L’intérieur du temple, rempli d’échafaudages. (Crédit : Aline Bottin)

Grâce à ce temple, les 35.000 yézidis dispersés dans le pays pourront ainsi se rassembler : principalement pour fêter des cérémonies de mariage traditionnel. « Nous voulons construire un sanctuaire semblable à celui de Lalish qui se situe dans le Kurdistan irakien, en zone de guerre, mais en plus beau ! » se félicite Alit. Le chantier, audacieux, est financé entièrement par Mirza Sloyan, un oligarque russe originaire du village. A Aknalich, tout le monde le connaît et l’admire. Les ambitions de ce fervent défenseur de la lutte pour la reconnaissance du génocide yézidi est sans limite puisqu’il souhaite aussi construire dans le même complexe un musée et une école spécialement dédiés à son peuple.

De l’amitié mais pas d’aide

« Ici, l’entente entre les réfugiés et les Arméniens est très bonne. La preuve, ce temple nous le construisons tous ensemble », confie Alit en désignant son collègue, un Arménien du village. Pourtant, aujourd’hui, si elles se respectent, les populations yézidie et arménienne ne se mélangent pas. « Dans notre religion, il est interdit de se marier avec quelqu’un d’une autre confession ou origine, sinon, on ne fait plus parti de la communauté. Mais cela ne nous empêche pas de nouer des relations d’amitié ».

Azir Tamoyan, leader mondial de la communauté yézidie. (Crédit: Aline Bottin)

En banlieue d’Erevan, Azir Tamoyan, leader mondial de la communauté yézidie, s’indigne, lui, du manque d’aide publique à l’égard des réfugiés. « Je suis parfois obligé d’accueillir chez moi des yézidis qui fuient la guerre en Irak. L’Arménie nous accueille bien mais il faut quand même se débrouiller entre nous », regrette-t-il.

Début 2018, le mensuel La Voix des yézidis a été fermé par le gouvernement pour cause de contrat non-officiel. Ce journal, vieux de 25 ans et entièrement rédigé dans leur langue, était un symbole de leur intégration en Arménie. « Beaucoup de yézidis finissent par partir dans l’Union européenne ou en Russie pour trouver du travail. Ici, rien ne les attend », soupire Azir.

Pourtant, les membres de la diaspora attendent avec impatience l’inauguration du sanctuaire prévue à la fin du mois de septembre. « Ce sera l’un des plus grands rendez-vous pour notre communauté enfin réunie autour d’un même lieu », se réjouit déjà Alit Oroudjan.

L’inauguration du temple aura lieu fin septembre, à Aknalich. (Crédit : Aline Bottin)