Le vin arménien est de retour

Mise en sommeil pendant le régime soviétique, la production de vin renaît depuis une dizaine d’années en Arménie. Reportage dans l’Armenia Wine Company, l’un des plus grands producteurs viticoles du pays.

De loin, la bâtisse a des airs de forteresse médiévale. Pourtant, c’est il y a dix ans à peine que l’établissement vinicole de l’Armenia Wine Company s’est installé à Sasunik, un village situé à une trentaine de kilomètres d’Erevan. L’année dernière, le volume de sa production a atteint les deux millions de bouteilles.

Derrière un portail de fer et un contrôle de sécurité rigoureux, un édifice « toujours en travaux« , rigole Syune Barseghyan, responsable de communication. Car, depuis sa création, l’Armenia Wine Company ne cesse de s’agrandir. Disposant déjà de 50 hectares de vignes, de chais, d’une distillerie de brandy, d’un restaurant et de salles de dégustation, elle compte encore se développer. Les actionnaires, deux businessmen arméniens ayant fait fortune dans les mines et l’informatique, espèrent ouvrir, d’ici quatre ans, un hôtel et un musée dédié au vin.

Une histoire tourmentée 

Le pays compte de plus en plus d’établissements comme l’Armenia Wine Company. En 2017, la production du vin en Arménie a augmenté de 30%, selon l’Institut national de la statistique. Aujourd’hui, les boissons alcoolisées sont devenues l’un des produits phare de l’économie arménienne. Mais cela n’a pas toujours été le cas.

Les historiens considèrent l’Arménie comme la terre d’origine du vin. Le pays bénéficie de conditions très favorables pour la culture du raisin. « Nous avons de la terre volcanique, donc fertile, un climat continental et 300 jours de soleil par an. Il y a tout ce qu’il faut ici pour produire du bon vin« , démontre Syune Barseghyan.

Vin rosé d’Arménie (Crédit : Malgo Nieziolek)

C’est dans une grotte dans le village d’Areni que les archélogues découvrent en 2007 des jarres remplies de pépins et de raisins datant d’il y a 6000 ans. Selon eux, le premier vin de l’humanité aurait été créé dans ce village.

Pourtant, plusieurs millénaires après, le régime soviétique décide de freiner la production viticole. Dans les années 1930, la planification définit la Géorgie comme le pays du vin et l’Arménie comme celui du cognac. « Avant l’URSS, il y avait en Arménie deux cents cépages locaux. Comme ils ne convenaient pas à la production de cognac, ils ont été détruits et leur culture abandonnée« , explique Syune Barseghyan. Depuis quelques années, les chercheurs de l’Université d’Etat d’Erevan travaillent sur ces variétés oubliées, en essayant de les identifier et de les faire renaître.

Des goûts qui évoluent

Aujourd’hui, les vignerons arméniens travaillent plutôt avec des cépages issus de croisements. Effectués par les Soviétiques, ils devaient produire des raisins adaptés à l’élaboration du cognac. « Nous utilisons dans notre production le cépage Kangoun, initalement prévu pour le cognac. Mais s’il est bien irrigué et si l’on s’en occupe avec attention, il peut faire du bon vin« , explique Syune Barseghyan. Et le vin de l’Armenia Wine Company semble être considéré comme tel, tant en Arménie que dans le monde. En 2017, 68% de la production de l’entreprise a été exporté dans seize pays parmi lesquels, en priorité, la Russie, le Japon, la France et les Etats-Unis.

(Crédit photo : Malgo Nieziolek)

Avec la renaissance du vin, les goûts des consommateurs commencent progressivement à changer. « On produit encore beaucoup de vin sucré car c’est celui qui se vend le mieux en Russie par exemple. Les pays post-soviétiques n’ont pas encore la culture du vin à la française ou à l’italienne« , explique Syune Barseghyan.

« Mais on voit apparaître une nouvelle tendance: les gens voyagent, des bars à vin ouvrent dans la capitale… Les Arméniens commencent à apprécier les vins classiques, plus tanniques, complexes, préparés avec soin« , se félicite la jeune femme. Une bonne nouvelle pour l’Armenian Wine Company qui vient de planter une nouvelle vigne, cette fois-ci pour une production de vin bio.