Hrant Melkoumyan, grand-maître d’échecs à succès

A 29 ans, Hrant Melkoumyan est le quatrième meilleur joueur d’échecs arménien. Dans ce pays où le jeu est une institution prestigieuse, il fait figure de star. Rencontre avec le joueur dans la Maison des échecs où il a débuté.

Dans son sweat-shirt bleu électrique décontracté, Hrant Melkoumyan affiche un visage calme et souriant. Le grand-maître d’échecs est comme chez lui dans la Maison des échecs d’Erevan. C’est ici que le presque trentenaire, classé quatrième joueur du pays, a fait ses gammes.

 »Quand j’étais enfant, mon grand-père jouait beaucoup aux échecs et j’aimais le regarder, se souvient Hrant Melkoumyan. A cinq ans, il m’a appris les bases. Quelques mois plus tard, ma famille m’a inscrit ici pour suivre des cours. » Le jeune Hrant se montre enthousiaste. Il presse ses parents de l’emmener aux cours deux à trois fois par semaine. ‘‘Je jouais très vite à cette époque. Les tournois duraient 20 minutes et nous avions le temps de faire presque 20 parties. Encore aujourd’hui, j’ai parfois ce défaut », raconte-il en manipulant les pièces disposées devant lui.

Une carrière prestigieuse

Pour le professionnel, le jeu sert même de philosophie.  »Les échecs m’ont appris à penser de façon logique. Cela m’aide à prendre les bonnes décisions. » Pour Hrant, les échecs portent bien leur nom.  »Je pense qu’il est important de savoir perdre. Quand on perd, on cherche à savoir pourquoi, on va plus loin. C’est bien plus utile que de gagner. »

A la Maison des échecs, chaque table comporte un échiquier. (Crédit : Louise Boutard)

A 15 ans, le jeune homme décide de devenir joueur professionnel, moins par passion que par opportunité.  »En Arménie, le salaire moyen est très bas, et je voyais là un moyen de gagner davantage d’argent.’‘ Les prix et le salaire du joueur dépendent de ses victoires, l’enjeu est donc important. Aux championnats mondiaux, le premier prix peut atteindre 95.000 euros, une somme considérable pour le niveau de vie arménien.

Ce choix de carrière offre également l’opportunité de maîtriser son emploi du temps. Aujourd’hui, le quotidien de Hrant se partage entre les tournois nationaux et internationaux et ses entraînements qu’il organise librement. Détenteur du titre de grand-maître international depuis 2007, il est classé 89ème joueur au niveau mondial par la Fédération internationale.

Autre avantage : cette carrière sportive n’impose aucune limite d’âge.  »Viktor Korchnoi (joueur russe dissident décédé en 2016, ndlr) est mort il à 85 ans et il a joué jusqu’au bout. Tant que je le pourrai, je continuerai à pratiquer.’‘ Avec pour ambition de s’améliorer encore et toujours.  »Je souhaite surtout faire des parties mémorables.’‘ déclare-t-il humblement. Avant de tempérer :  »bien sûr j’espère gagner des médailles d’or aux championnats mondiaux, mais si je pouvais atteindre le titre de super grand-maître (titre décerné par la Fédération internationale, ndlr), ce serait déjà quelque chose. »

Les échecs et l’Arménie : une longue histoire d’amour

Joueur d’échecs est un métier très respecté en Arménie. Le frère de Hrant, nommé Hayk et de deux ans son cadet, le rejoint à la Maison des échecs. Celui-ci ne cache pas sa fierté :  »tous mes amis me demandent ses résultats. » Cameraman et photographe indépendant, il se montre extrêmement admiratif du travail de son frère.  »Je n’avais pas son talent », déclare-il en haussant les épaules. Parfois, je regarde les parties filmées, en ligne. C’est difficile de rester concentré jusqu’au bout ! »

En Arménie, les échecs sont une institution.  »C’est une histoire de tradition, explique Hrant. Quand Tigran Petrossian a gagné le championnat du monde, tout le monde était très fier. C’est devenu très populaire, notamment chez les enfants. » La Maison des échecs a d’ailleurs été renommée en l’honneur du célèbre joueur arménien en 1984.

Dans Erevan, on rencontre régulièrement des hommes, plutôt âgés, jouant dans les parcs et jardins. Le jeu fait même partie des enseignements obligatoires dans les écoles primaires. ‘‘Aujourd’hui, tout le monde veut devenir joueur d’échecs, » affirme Hayk. Son frère acquiesce :  »beaucoup d’Arméniens apprécient le principe de deux cerveaux qui s’affrontent. »

Depuis une dizaine d’années, une école d’échecs jouxte la Maison historique dédiée au jeu. (Crédit : Louise Boutard)

Louise Boutard

Journaliste de formation littéraire, je suis spécialisée en presse jeunesse et passionnée par la culture sous toutes ses formes

/in/louiseboutard/

@LouiseBoutard