«Après Aznavour, c’est moi qui chante le mieux ses chansons»

Hayk Petrosyan, 30 ans, est une petite star locale en Arménie. Ce chanteur-comédien attire les foules en reprenant les chansons de Charles Aznavour. Comme de nombreux Arméniens, il idolâtre le chanteur de 93 ans qui a tant fait pour le pays. 

« Après Charles Aznavour, c’est moi qui chante le mieux ses chansons ». Café Malocco, dans le centre d’Erevan, Hayk Petrosyan, affalé sur son canapé, ne manque pas de… fausse modestie. Le lieu n’est pas choisi par hasard puisque le café se trouve à quelques mètres de la fondation Charles Aznavour, toujours en chantier, cadeau de la ville à l’artiste mondialement connu.

Chanteur et comédien, Hayk Petrosyan est une petite vedette locale. Avec sa voix grave et son débit rapide, il raconte comment il s’est fait remarquer en 2009 lors de sa participation à « Superstar », la « Nouvelle star » arménienne. Il est né et a grandi ici, avant de partir en France à 18 ans pour poursuivre ses études et rejoindre son père, Vardan Petrosyan, considéré comme le « Coluche arménien ».

« Quand j’étais petit, je détestais Aznavour, se souvient le trentenaire. Quand ma mère faisait le ménage, elle mettait ses disques et pleurait. Je me disais ‘c’est qui ce mec qui fait pleurer ma mère?’ » A 23 ans, le comédien revient au pays pour son service militaire et se prend d’intérêt pour les paroles de ses chansons, qu’il cite à tout bout de champ. N’est-il pas trop jeune pour aimer Aznavour? « Non, répond le grand gaillard en enchaînant les clopes. Dans sa chanson « Les Plaisirs démodés », Aznavour dit que les modes changent mais que l’amour reste».

Les Arméniens adorent les chansons d’Aznavour mais ne les comprennent pas

Si Hayk comprend les paroles des chansons, c’est loin d’être le cas de son public. « Il y a plus de gens qui ne comprennent rien que de gens qui comprennent quelque chose », explique-t-il en rigolant. Est-ce paradoxal dans un pays où Aznavour est adulé ? Non, pense le comédien. « Aznavour est considéré comme un héros pour les Arméniens. C’est un modèle de réussite. Quand je leur parle de sa vie pendant les concerts, les spectateurs sont reboostés », raconte le jeune homme en citant des extraits de l’autobiographie du chanteur. « Il dit ‘Dieu ne m’a rien donné, j’avais pas de taille, j’avais pas de voix, j’étais pas très beau, mais j’avais un truc, c’était mon obstination’. Les Arméniens le respectent beaucoup pour cela ».

C’est surtout pour l’aide qu’il a apportée au pays à la fin des années 80 que les Arméniens apprécient le chanteur de 93 ans. Après le meurtrier tremblement de terre de 1988, il a créé « Aznavour pour l’Arménie », une association qui a permis de fournir de l’électricité à plus d’un million de personnes. L’année dernière, lorsque l’idée de changer l’hymne officiel a été soumise, certains Arméniens ont milité sur les réseaux sociaux pour que la chanson d’Aznavour en l’honneur du tremblement de terre soit choisie. Un projet avorté.

« Aznavour était présent et m’a dit que c’était formidable »

Reconnaissante, la capitale a fait construire une maison en son honneur au dessus du principal monument de la ville, qui devrait prochainement devenir un musée. Le 22 mai dernier, le ministre de la Culture a même organisé un concert pour célébrer l’anniversaire du chanteur. Et c’est Hayk qui a été choisi pour chanter. « Aznavour était présent et m’a dit que c’était formidable« , raconte fièrement le trentenaire.

Les deux hommes ne s’étaient auparavant croisés qu’à deux reprises, à Paris. Chanter du Aznavour en Arménie rapporte-il de l’argent ? « Non, je gagne plus avec mes propres chansons. L’année dernière, j’ai fait seulement deux concerts de reprises », balaie d’un revers de main le trentenaire. Charles Aznavour n’a qu’a bien se tenir. « Il y a même des chansons que je chante mieux que lui ! Enfin je rigole« , assure Hayk. Pas sûr qu’il rigole vraiment.