Devenir prêtre : rencontre avec les jeunes séminaristes de Gevorkian

Chaque année le séminaire théologique Gevorkian accueille des dizaines d’hommes qui souhaitent devenir prêtre et faire vivre l’Église orthodoxe arménienne.

Dans les allées du Saint-Siège d’Etchmiadzin, la résidence du catholicos qui est le chef de l’Eglise orthodoxe d’Arménie, on croise des dizaines d’hommes aux visages poupins, drapés dans des habits religieux. Ce sont les jeunes séminaristes de Gevorkian qui étudient ici pour rentrer dans les ordres.

Ce complexe religieux est un peu le « Vatican arménien« . Situé dans la banlieue d’Etchmiadzin à 20km au sud de la capitale Erevan, il abrite plusieurs édifices religieux dont la cathédrale Sainte-Etchmiadzin plus ancienne construction chrétienne d’Arménie, datant du IVe siècle.

Le Saint-siège d’Etchmiadzin accueille aussi l’un des trois séminaires du pays. Fondé par le Catholicos George IV en 1874, le séminaire Gevorkian est aussi considéré comme la plus vieille université du pays. Chaque année une nouvelle promotion d’étudiants intègre ce campus un peu particulier, dans l’espoir de devenir prêtre.

Bâti en 2011, le centre de recherche du Saint-siège est l’un des bâtiments les plus récents de ce complexe (Crédit : Clothilde Bru)

Le diacre Antranig, qui étudie au séminaire, nous reçoit dans le centre de recherches flambant neuf. Dans un habit impeccable et chaussé de petites lunettes, il s’installe dans l’un des fauteuil en cuir du deuxième étage, qui offre une vue imprenable sur le complexe. Il explique comment cette mission s’est imposée à lui.

« Pendant mon service militaire entre 2010 et 2011, des religieux nous rendaient souvent visite. Ils nous apportaient une aide psychologique précieuse. C’est à ce moment là que j’ai su que moi aussi, je voulais me mettre du côté de ceux qui en ont besoin »

Le diacre Antranig, de sa fenêtre, a vue sur tout le complexe (Crédit : Clothilde Bru)

Son frère a également choisi de suivre cette voie, même si le diacre Antranig se défend de l’avoir influencé : « Je ne lui ai pas donné de conseils. Mais je suis l’aîné. Ce que je dis a donc forcément de l’influence sur lui. »

Antranig a 28 ans. Il a fini la première partie du séminaire, au terme de laquelle il doit choisir s’il souhaite continuer sa formation pour devenir prêtre. Il a un an pour trancher la question délicate du mariage. L’Eglise apostolique d’Arménie autorise le mariage des prêtres. Mais ensuite, ce choix empêche ensuite d’accéder à des fonctions supérieures.

300 prêtres pour 4.000 paroisses

Selon A/R Magazine, l’Arménie manque de prêtres pour faire vivre les nombreux sanctuaires qui parsèment le pays. On dénombre quelque 300 prêtres en exercice pour 4.000 paroisses.

« Malheureusement on manque de religieux. Il faut donc que nous engagions un vrai travail pour appeler des gens de la diaspora et d’Arménie à se mobiliser, pour que des jeunes choisissent ce chemin, » déplore le directeur du centre de recherche Der Ararat Kahana Boghossian.

Difficile de savoir combien de personnes tentent de passer le concours d’entrée chaque année. Même si le nombre de places par an n’est pas limité, ils sont rarement plus de 40 à intégrer les bancs de cette université un peu particulière. Nombre d’entre eux ne va pas jusqu’au bout de la formation.

Une des églises du Saint-Siège d’Etchmiadzin (Crédit: Clothilde Bru)

Le niveau se veut très élevé : les séminaristes suivent des cours de grammaire, d’histoire, d’anglais, de théologie, de liturgie, de musique, de sports… Les journées commencent à 5h par la prière et les jours de repos sont rares. Aussi certains abandonnent et d’autres sont remerciés du fait de leur comportement qui a été jugé inadapté. « Ils surveillent notre attitude, notre manière d’être, notre tenue… C’est très sévère », explique le diacre Narek.

« Parfois la croix des religieux peut devenir une arme »

On peut intégrer le séminaire de Gevorkian dès l’âge de 16 ans, juste après l’équivalent du collège. C’est le cas de Narek et Shavarch aujourd’hui âgés de 22 ans. Lorsqu’ils ont sauté le pas, cela a préoccupé leur entourage. Leurs familles ont été très compréhensives. Mais pour leurs amis, ce choix a semblé être une folie.

« Au début ils n’ont pas compris. Mais maintenant, ils s’intéressent un peu plus à la religion et viennent participer à des messes pour nous voir », raconte Shavarch les mains dissimulées par les manches de sa robe de diacre.

Lorsqu’un candidat réussit le concours d’entrée au séminaire, il est nourri et logé pendant toutes les années de sa formation, et les études sont gratuites. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, intégrer le séminaire n’est pas un moyen d’éviter l’armée. « A la fin du séminaire, nous allons faire le service militaire pendant deux ans, comme tout le monde », explique Narek.

Quant à savoir si faire la guerre contrevient à leurs fonctions religieuses, il précise : « La religion a toujours marché côte à côte avec les soldats. Parfois la croix des religieux peut devenir une arme. »

Journaliste à Konbini news et étudiante au CELSA

Journaliste à Konbini news et étudiante au CELSA