La toute petite communauté juive d’Arménie rêve d’un centre culturel

Composée d’à peine 700 âmes, la communauté juive d’Arménie lutte pour ne pas disparaître. Pour cela, elle compte moins sur sa diaspora que sur Israël. Et sur l’ouverture d’un centre culturel.

Dans son petit bureau du centre d’Erevan, Rima Varjapetyan s’active. La présidente de la communauté juive d’Arménie, arrivée d’Odessa en 1947 pour suivre son mari arménien, a la lourde tâche d’organiser presque seule les rapports entre les Juifs du pays, qui seraient environ 700, selon les estimations, et la diaspora. Car comme le reste du pays, la communauté juive subit les conséquences de la situation économique difficile qui pousse nombre de ses membres à l’émigration vers d’autres terres : Israël, Russie, Etats-Unis…

La communauté restée sur place s’organise. Mais ici, pas question de prosélytisme. Etant donnée la composition des couples (mixtes), il reste peu de familles vraiment religieuses. Néanmoins, les fêtes et les offices, animés par le rabbin Dirch Meyer Burchtan, sont l’occasion de se retrouver, mais pas seulement. Ils permettent aussi de fédérer et de faire le point sur les projets en cours.

Et ceux-ci sont nombreux. Le principal ?  La construction d’un centre culturel à Erevan. « Ici on n’a pas d’organisme officiel pour nous représenter et aider à l’accueil des Juifs, juste ce petit bureau. Un centre culturel nous permettrait au moins de participer à la transmission de la langue, des valeurs et des coutumes auprès des enfants« , explique Rima Varjapetyan.

Malgré le soutien du gouvernement arménien, la communauté peine à rassembler les 200.000 euros nécessaires. Et elle ne peut pas plus compter sur la diaspora pour financer le projet. « Nous n’avons pas d’oligarques ou de millionnaires pour nous arroser de son argent », sourit Rima Varjapetyan. Alors la septuagénaire a tenté une autre approche: le lobbying politique. Depuis plusieurs années, elle œuvre à la construction d’une relation renforcée entre l’Arménie et Israël.

Un travail de longue haleine qui donne des résultats. L’an dernier s’est ainsi tenu entre les parlements des deux États. Si celui-ci a permis de faciliter les partenariats dans plusieurs domaines (science, éducation, affaires), il n’a pas suffi pour infléchir le gouvernement israélien sur un sujet autrement plus politique : la reconnaissance du caractère génocidaire des massacres commis sous l’Empire ottoman en 1915.

En dépit des tribunes et des pétitions de ses députés, qui rappellent que la non-reconnaissance du génocide des Arméniens a joué un rôle historique dans la survenue de la Shoah, l’État hébreux n’a pas changé de position. En cause ? Les relations diplomatiques avec deux puissants voisins, la Turquie et l’Azerbaïdjan. Ce qui n’empêche pas l’État hébreux de financer un programme de retour en Terre sainte. Une organisation donne aussi du matériel religieux et éducatif aux membres de la communauté et dispense des cours d’hébreux aux adultes.

Récemment, un autre événement a permis de nouvelles avancées : la découverte d’un cimetière juif à Eghuégis, un village au sud du pays. Les archéologues y ont découvert des vestiges qui témoignent de la présence d’une communauté juive aux XIIIe et XIVe siècle. « Cette fois-ci, Israël a accepté sans réserve la construction d’un musée pour présenter les fouilles », se félicite Rima Varjapetyan. De quoi lui donner espoir que le centre culturel juif d’Erevan voit le jour.

Féministe, techno lover et passionnée de yoga, j’écris sur les startups et l’innovation pour Maddyness quand je ne suis pas au Celsa.

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