A Paris, un centre pour transmettre la culture arménienne

Pour le peuple arménien, dispersé à travers le monde, perdre sa culture au fil des génération est un risque. Afin de participer à la transmission du savoir, le centre culturel Jeunesse Arménienne de France organise des cours ouvert à tous. L’objectif : former des jeunes capables de reprendre le flambeau et enseigner à leur tour.

Le samedi, les Arméniens de Paris retournent à l’école. Pas pour des cours de maths ou de littérature mais de langue arménienne, de danse et de musique traditionnelles. Tout est mis en place pour enseigner aux membres de la diaspora ce qu’ils auraient pu apprendre dans une école arménienne. C’est le centre culturel Jeunesse Arménienne de France (JAF), qui met en place ces cours, ouverts à tous. Dès le matin jusque tard le soir, les bénévoles du centre s’activent pour enseigner aux élèves réunis par tranches d’âge et de niveau.

Enfants et adolescents, mais aussi un grand nombre de jeunes adultes et même des parents. « Les élèves viennent à l’association de leur plein gré, ils savent pourquoi ils sont là. Ils ont une autre approche, une autre façon d’apprendre parce que l’arménien n’est pas juste une matière obligatoire à l’école », explique Zépur Mehrabi, prof d’arménien pour les plus avancés.

Zépur Mehrabi est une enseignante d’arménien originaire de Syrie.

Les membres de la diaspora se sentent dépositaires d’un savoir qui risque de se perdre s’il n’est pas transmis. L’exil des arméniens ayant commencé il y a plus d’un siècle, les liens avec la patrie sont aujourd’hui ténus. Peu de personnes en France parlent encore l’arménien comme première langue. Instiller un attachement à cette culture chez des jeunes immigrés de troisième ou quatrième génération devient un enjeu vital.

« J’ai des inquiétudes : qui va me remplacer ? J’ai aussi beaucoup d’inquiétudes pour la génération qui ne va pas vouloir apprendre cette langue, confie Zépur Mehrabi. Ma génération, c’est fini. Il n’y a plus comme avant des gens qui viennent du Moyen-Orient et cherchent à enseigner notre langue. Il faut commencer à préparer la nouvelle génération comme ma fille, qui commence à enseigner avec moi. »

Certains instructeurs du centre sont de très jeunes adultes. Les élèves des groupes les plus avancés sont les professeurs des débutants. Les instructeurs professionnels étant rares, c’est à la population arménienne elle-même de prendre en charge la transmission de sa culture.

« Une lutte pour le maintien de l’arménité » qui commence dès l’enfance

Pendant qu’adolescents et parents suivent des cours de danse ou de langue, leurs enfants ne chôment pas. Au sous-sol du centre, c’est un cours d’éveil à la langue arménienne qui prend place, réunissant des petits de 3 à 6 ans. La salle aux murs de pierre est remplie de meubles aux couleurs vives évoquant une classe de maternelle.

Gayané Papazian enseigne à ses élèves les bases de la langue arménienne.

Ici, c’est le domaine de Gayané Papazian. Cette jeune prof des écoles est en charge de l’éveil des tout-petits à la langue arménienne. « La chèvre a mangé l’herbe, le loup a mangé la chèvre, l’ours a mangé le loup », récite Nathan, l’un des élèves. Comptines, chansons, images et jeux, ce sont les outils dont dispose l’enseignante pour leur inculquer la langue. Les enfants semblent absorber mots et tournures de phrases comme des éponges. Sophia, 6 ans, n’a aucune difficulté à mener une partie de « un, deux, trois, soleil » en arménien. Lorsqu’ils jouent à reconnaître des mots, c’est la vitesse de réaction qui détermine le gagnant car le vocabulaire de base est acquis.

« Mon but n’est pas d’être scolaire, c’est d’attirer les enfants et de leur donner envie de venir et revenir par eux-mêmes, explique Gayané. Les enfants entrent dans nos activités par la volonté d’un parent. Le but c’est qu’ils aient envie de continuer, afin de les marquer par l’arménité pour plus tard, pour qu’ils restent dans cette culture qui se perd aujourd’hui. »

Victoire Azadiguian, 4 ans, apprend l’arménien à la JAF.

Certains comme Victoire, 4 ans, restent même dans le bâtiment après la fin des cours pour dessiner ou jouer. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles son père, dont l’arménien est la langue maternelle, a choisi de l’inscrire à la JAF au lieu de lui enseigner à la maison. Le centre est un lieu de sociabilité où l’on peut rencontrer et interagir avec d’autres membres de la diaspora.

Pour Victoire, cela signifie des amis de son âge baignés comme elle dans la culture arménienne. Son père fréquentait la JAF dans sa jeunesse et perpétue la tradition à travers elle. Comme Gayané, « la plupart de ceux qui enseignent à la JAF ont eux-mêmes été élèves ici avant. L’idée c’est de créer une famille où on reste et on construit des choses ensemble. » En 73 ans d’existence, l’association a visiblement su réunir, génération après génération, les membres de la diaspora.

Passionné de nouvelles technologies et de culture, je suis un journaliste tourné vers l’international. Les Etats-Unis en particulier, où je compte m’installer une fois mon Master de journalisme en poche !

Passionné de nouvelles technologies et de culture, je suis un journaliste tourné vers l'international. Les Etats-Unis en particulier, où je compte m'installer une fois mon Master de journalisme en poche !