« Pour faire vraiment de la recherche, il faut partir »

Agé de 20 ans, Tigran Galstyan étudie les maths appliqués et l’informatique à la fac d’Erevan. Ambitieux, il tente d’intégrer une université américaine pour préparer un doctorat. Son rêve : devenir chercheur de haut niveau en intelligence artificielle. Témoignage.

A la table d’un coffee shop branché d’Erevan, Tigran Galstyan boit son café. Le jeune étudiant en mathématiques appliquées et informatique, grosses lunettes et barbe bien taillée a tout du hipster. Cette année, il poursuit sa quatrième année d’études à l’université d’Etat d’Erevan. Il fait partie de la poignée d’étudiants admis dans ce cursus. Une partie du temps, il travaille comme chercheur dans un laboratoire avec cinq autres camarades.

Le jeune homme souhaite se spécialiser dans la recherche sur l’intelligence artificielle. Pour se donner toutes les chances d’y arriver, il compte partir. « Les meilleurs professeurs sont aux Etats-Unis, argumente-t-il. J’aimerais faire un doctorat là-bas. Et ensuite y rester quelques années pour travailler au sein d’un laboratoire et peut-être enseigner ». Bien informé, il sait déjà quelle université il voudrait intégrer en priorité. « Je voudrais aller au Massachusetts Institute of Technology de Boston ou à la Carnegie Mellon University de Pittsburgh. Ce sont les plus renommées dans mon domaine. Si je publie des articles dans des revues, j’aurai plus de visibilité qu’ici « , justifie le jeune homme, en tripotant la sucrette de son café avec anxiété.

Né à Erevan, d’une mère professeure d’informatique et d’un père ingénieur en physique, Tigran assure ne pas être motivé par l’argent. « Le salaire que j’aurais ici me suffirait. Et je sais que je pourrais trouver facilement un travail dans l’informatique. Mais si je veux vraiment faire de la recherche sur l’intelligence artificielle, je n’ai pas d’autres choix, dit-il avec détermination. J’espère revenir dans quelques années et ouvrir un laboratoire de pointe ».

Partir, une habitude pour les Arméniens

Les jeunes qui vont étudier à l’étranger sont nombreux en Arménie. « En fait, certains partent pour éviter le service militaire. Mais ceux qui font des études longues (au-delà de l’âge de 27 ans, ndlr) sont exemptés. Moi si je pars, je ne le ferai pas », explique-t-il. Lui a déjà beaucoup voyagé, en Europe de l’ouest comme au Kazakhstan, en Iran ou en Russie. Résultat, il ne craint pas de se retrouver seul au bout du monde. « Si je vais aux Etats-Unis, je me ferai des amis. Lorsque j’étais en Suisse pendant trois mois, ça c’était bien passé« , lance-t-il confiant.

Dans son entourage, son choix semble naturel. « Mes parents m’y encouragent. Et je ne suis pas le seul à faire ça dans ma famille », avance-t-il, entre deux gorgées de café. « Ma tante paternelle vit en Russie avec mes cousins. Elle est partie il y a quinze ans pour le travail. Au début elle pensait faire des aller-retours mais finalement elle est restée », dit-il avec détachement. Lui-même comprend ceux qui ont préféré quitter définitivement le pays. « Ici, tout est plus compliqué pour trouver un travail ou encore lancer son affaire », explique-t-il.

Le solde migratoire de l’Arménie est négatif. En 2018, le ministère de la Diaspora devrait annoncer des mesures pour encourager les Arméniens à revenir au pays. Dans ce contexte, Tigran ne ressent pourtant aucune pression. « Autour de moi, je connais beaucoup de jeunes qui sont à l’étranger, des amis, de la famille. Le gouvernement a par exemple conclu un accord avec la Russie pour que cela soit plus simple de circuler entre nos deux pays. L’Etat voit aussi d’un bon œil ces échanges ».

Elisa Centis.

Etudiante en Journalisme au CELSA.

J’aime beaucoup la politique.

 

Etudiante en Journalisme au CELSA. J'aime beaucoup la politique.