En Arménie, vers un service militaire plus égalitaire?

En Arménie, le service militaire est obligatoire pour les hommes. Mais, sous exception, certains peuvent l’éviter. Notamment grâce aux études supérieures. Une réforme adoptée fin 2017 supprime ce passe-droit. 

Actuellement, le service militaire est obligatoire pour les hommes et doit se faire entre 18 et 27 ans. Il dure deux ans et généralement les étudiants le font avant d’arriver dans le supérieur ou entre la licence et le master. Les élèves ayant une bonne moyenne, bénéficient d’une bourse gouvernementale. Ce statut leur permet de repousser leur service militaire jusqu’à la fin de leurs études.

Mais certains en profitaient pour faire des études au-delà de 27 ans afin d’échapper au service militaire. Une situation à laquelle le gouvernement veut remédier pour plus d’égalité puisque ce sont souvent les élèves de bonne famille, qui profitent de cette situation. Au delà de ce passe-droit, la corruption est également dans le viseur du gouvernement.

Tout est dans la (ré)forme

Une réforme est alors proposée, et votée fin 2017. L’exception pour les études supérieures est supprimée. A la place, les étudiants pourront faire une formation militaire en parallèle de leurs études s’ils ne souhaitent pas faire une pause de deux ans. Cependant, cette formation qui se fera un jour par semaine, ne remplacera pas le service militaire en lui-même qui lui sera effectué après l’obtention du diplôme mais avec un grade et un salaire supérieur à celui de soldat.

Pour la plupart des étudiants le service militaire n’est pas le problème, c’est même une fierté. « C’est vrai qu’au départ c’est étrange, on a peur. Mais on comprend vite l’importance et la nécessité de le faire. » confesse Gagik Smbatyan, étudiant en journalisme, qui a été envoyé sur les lignes du front au Haut-Karabagh lors de son service militaire, il y a deux ans. Pour lui comme pour d’autres jeunes arméniens, le service militaire c’est une leçon de vie. « Ça vous forge, on devient responsable, ça développe la confiance en soi. Et puis on ne travaille pas seulement pour soi et sa famille, on se bat pour son pays ! » précise-t-il.

Plus de 30 ans de guerre

« Nous sommes en guerre, chacun d’entre nous se doit de faire son service militaire », explique d’emblée Andranik Margaryan, étudiant en économie à l’Université d’État d’Arménie de la capitale. Depuis 1988, le pays est effectivement en conflit avec l’Azerbaïdjan. Chacun se bat pour le Haut-Karabagh, où les habitants de la région, à majorité arméniens, veulent être rattachés à leur pays d’origine, contre la volonté du gouvernement azérie. L’Arménie et l’Azerbaïdjan envoient alors leurs troupes à la frontière et des combats pour récupérer le Haut-Karabagh se succèdent jusqu’en 1994, date du cessez-le-feu.

Depuis, le statu quo prévaut dans la région : aucun accord de paix n’a été signé entre les deux parties. Mais en avril 2016, de nouveaux affrontements ont lieu. Ils font plus d’une trentaine de morts, dont des civils, c’est la guerre de 4 jours. Une guerre qui fait ressurgir des craintes côté arméniens justifiant alors une réforme du service militaire.

Une réforme efficace ?

Mais pour des étudiants cette réforme n’est pas la solution. « On ne peut pas faire ses études et devenir un soldat en même temps. Pour moi, il faut savoir rester concentré sur une chose à la fois », d’après Andranik Margaryan. A cet argument, le gouvernement répond qu’il est tout à fait possible de faire les deux à la fois et que si certains étudiants ne s’en sentent pas capable, ils peuvent toujours opter pour le service militaire ordinaire avant leurs études ou entre deux diplômes. Mais cette réforme peut-elle mettre fin aux exceptions? Pas tout à fait, puisque pour les étudiants qui ont la chance et les moyens de faire leurs études à l’étranger, ceux-ci pourront continuer à échapper au service militaire s’ils reviennent en Arménie à plus de 27 ans.

Quant au problème de corruption, le chef de l’opposition Nikol Pashinyan doute de l’efficacité de la réforme: « chaque année 90% des personnes exemptées du service militaire le sont pour de fausses raisons de santé ». Cette réforme qui a été adoptée fin 2017, entrera en vigueur pour la rentrée universitaire 2018-2019.