A Gyumri, les jeunes misent sur la high-tech pour enrayer le chômage

Gyumri, deuxième plus grande ville située au nord-ouest de l’Arménie, est l’une des localités les plus affectées par le manque de travail. 60% de la population est au chômage, 52% des jeunes n’ont, à ce jour, pas de travail. L’apprentissage et la maîtrise des nouvelles technologies apparaît comme une voie pour sortir de la crise. 

Une ville détruite à 80%, des habitants qui la délaissent petit à petit, une économie qui peine à se développer. Presque trente ans après le séisme de 1988 qui a causé la mort de 30.000 personnes et laissé plus de 500.000 autres à la rue, la ville de Gyumri continue de se reconstruire. Mais dans un climat économique délicat.

Aujourd’hui, le niveau de chômage est très élevé. « La plupart des gens sont désespérés et préfèrent quitter la ville à cause de ce fléau », explique Vayan Tumasyan, président de l’ONG « Shirak Centre », visant à aider et recenser les habitants les plus défavorisés. « Pendant l’Union soviétique, Gyumri avait besoin de beaucoup de travailleurs, principalement des étrangers », se souvient-il.

Gyumri compte 60% de chômeurs. Le phénomène est aussi inquiétant chez les jeunes, les plus touchés par le manque d’opportunités professionnelles: 52% d’entre eux sont sans emploi. Ils sont nombreux à vouloir quitter l’Arménie pour fuir la pauvreté et tenter leur chance à l’étranger. Résultat: la ville mise sur les nouvelles technologies pour développer son économie.

2.000 étudiants envisagent leur avenir à Gyumri grâce aux enseignements de TUMO. (Crédit photo : Marie Lecoq).

L’école TUMO, gratuite et ouverte à tous

Il suffit de se plonger dans l’histoire du pays pour comprendre l’importance du secteur technologique. L’Arménie est l’un des pays porteurs dans ce domaine parmi ses voisins régionaux. Cet intérêt pour les sciences et nouvelles technologies remonte à l’ère soviétique, lorsque l’Arménie était un pilier en la matière. En 1987, à l’apogée de sa croissance, le secteur employait près de 100.000 spécialistes, à travers tout le pays. Aujourd’hui, l’industrie des NTIC d’Arménie est l’une des plus prometteuses dans l’économie nationale.

Gyumri n’est pas en reste en termes d’innovations technologiques. La ville mise sur ce secteur pour faire redémarrer l’emploi.  Le centre des technologies créatives, plus communément appelé « Technoparc », a été créé en 2015 grâce à la contribution financière du gouvernement arménien, dans le but de développer le marché du travail. Dans ce « Technoparc », des incubateurs et des centres de formation. Parmi lesquels, TUMO. L’objectif de cette école: permettre aux jeunes âgés de 12 à 18 ans d’obtenir un emploi dans un domaine en plein essor, celui des nouvelles technologies. L’Arménie compte quatre centres d’apprentissage de ce type dans le pays. Au total, 14.000 jeunes étudient dans ce secteur dans le pays, dont 2.000 à Gyumri.

Anaït enseigne auprès des étudiants du premier cycle, en phase d’auto-apprentissage, à l’école TUMO. « Dans la société, on sait que les informaticiens sont bien payés, c’est pour ça que les parents orientent leurs enfants ici, et les enfants eux-mêmes sont motivés, explique l’enseignante. L’institut permet à ces jeunes de créer leur propre portfolio, qui leur donnera la possibilité de trouver ensuite un travail », espère-t-il. « D’ailleurs, certains de nos anciens étudiants ont été embauchés à la suite de leurs études ici, dans des entreprises locales », se félicite la professeure. Dans cette école, le cursus est entièrement gratuit et ouvert à tous, sans distinction de statut social. Bien qu’ils ne soient peu nombreux, certains étudiants sont issus de familles défavorisées.

Plus difficile à Gyumri qu’à Erevan

A 17 ans, Louisa fréquente les cours proposés par le centre des technologies créatives de Gyumri depuis trois ans. « Je suis très intéressée par l’art. Grâce à cette formation, je peux apprendre à combiner cette discipline avec les nouvelles technologies. Le domaine informatique est bien plus développé que celui de l’art », explique la jeune fille.

A l’heure actuelle, il est difficile de trouver du travail en tant que graphique designer à Gyumri, en comparaison à Yerevan. Pour autant, l’étudiante ne désespère pas. « Grâce à TUMO, je suis persuadée que le domaine se développera. » Pour le moment, Louisa, particulièrement attachée à sa ville natale, imagine décrocher un travail à Gyumri, à l’issue de sa formation. Mais son rêve réside ailleurs: « J’aimerais travailler pour Disneyland Paris », répond-elle, les étoiles dans les yeux.

Malgré les difficultés économiques que Gyumri peine encore à surmonter trente ans après le séisme, la jeunesse envisage l’avenir avec davantage d’optimisme que la génération précédente. Par le biais de l’apprentissage des nouvelles technologies, les jeunes de Gyumri espèrent que le fléau du chômage n’écorchera pas leurs rêves et leurs espoirs. Ce secteur a l’avantage de ne pas nécessiter d’infrastructures lourdes pour se lancer. Par ailleurs, les difficultés géopolitiques du pays avec certains de ses voisins peuvent être des freins au développement d’une industrie plus lourde. Les produits issus des nouvelles technologies peuvent passer les frontières plus facilement.

A Gyumri, au milieu des ruines, l’Etat envisage de faire de la ville le « nouveau centre des technologies, de la formation et du développement ». Le défi paraît sans doute irréaliste, mais peut-être qu’un nouvel horizon se dessine pour cette ville de l’extrémité nord-ouest de l’Arménie, qui essuie encore les vestiges du séisme, que seuls les jeunes n’ont pas connu.