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Une fac française pour fabriquer des élites

Tous les élèves de l’Université française en Arménie finissent leurs études en parlant couramment français. Pourtant, s’ils bénéficient d’un double diplôme franco-arménien, l’immense majorité d’entre eux restent au pays.

Dans le petit bâtiment collé à l’école secondaire française d’Erevan, quelque 300 élèves étudient le droit, les finances, la gestion et le marketing. Mais, à la différence d’autres universités arméniennes, les jeunes sortent de l’Université française en Arménie (Ufar) avec un diplôme de l’université… Jean Moulin Lyon 3. En parlant couramment français. « L’apprentissage du français est un filtre, au même titre qu’une prépa mathématique », précise le recteur, Jean-Marc Lavest, un Français installé ici depuis octobre 2015.

Une année à l’Ufar coûte 1700 euros, un prix très élevé pour le salaire moyen arménien, qui s’élève à 300 euros mensuels. Cela réserve l’enseignement rigoureux de l’établissement aux classes sociales favorisées et motive les élèves à préparer leur diplôme tout en ayant un job à côté. Les cours de master ont d’ailleurs été déplacés en fin de journée pour permettre aux étudiants de travailler.

Comme la majorité de ses camarades, qui sont pour les trois quarts des femmes, Lena Gyulkhasian, actuellement en master 2 de marketing, occupe un poste à côté. Elle travaille depuis quatre ans, à la Banque centrale arménienne. Et, comme la plupart de ses camarades, elle utilise très peu le français professionnellement.

Double diplôme franco-arménien

« Le français, c’est une langue plus précise et plus courte que l’arménien. Parfois, j’écris en français avant de traduire en arménien. Pareil quand je prends des notes”, confie la jeune femme. Ce paradoxe n’en est pas un pour le recteur. « L’apprentissage du français, quand bien même on ne l’utilise pas, témoigne d’une vraie capacité à travailler, observe-t-il. Les employeurs connaissent la difficulté de la langue ».

La preuve, c’est que la quasi totalité des 2.000 alumnis sortis de l’école, créée il y a quinze ans, occupent des postes à responsabilité dans leur pays natal. Seul un étudiant sur 10 profite à plein du double diplôme franco-arménien que délivre l’Ufar en partant travailler à l’étranger. Ce qui fait de l’établissement une sorte de fabrique d’élites nationales.

« L’Ufar est une université qui donne un très bon diplôme, je sais que j’ai la possibilité de trouver un travail très rapidement« , assure Arman Asatryan, étudiant en master 1 de finances. Le jeune homme est l’un des rares à suivre un double-cursus : il étudie aussi la gestion à la faculté d’Arménie. « Pour l’instant, je n’ai pas prévu de partir d’Arménie.Mais si on est étudiant de l’Ufar, c’est beaucoup plus facile de partir en France. C’est plus facile de s’adapter, on subira moins le choc culturel.  »

« Les élève en veulent, ils se motivent, ils veulent faire progresser leur pays », observe Jean-Marc Lavest, le recteur, derrière ses fines lunettes rondes. L’homme se rappelle de leur état d’esprit pendant le conflit des quatre jours au Haut-Karabagh, en 2016. « Au bout de deux jours, j’ai vraiment senti les étudiants prêts à aller au front », confie-t-il. Un patriotisme qui expliquerait leur attachement à leur terre.

En étudiant à l’Ufar, les jeunes Arméniens s’ouvrent aussi à une autre culture. « La langue française apporte un autre point de vue sur le monde et inculque certaines valeurs », confirme Lena. Elle raconte d’ailleurs être devenue féministe après avoir appris le français. « J’ai pu lire Simone de Beauvoir », dit-elle simplement.

Journaliste à l’AFP et étudiant au Celsa.