Golos Armenii, le journal arménien qui parle aux russophones

Petit journal de Erevan, Golos Armenii s’efforce de faire entendre le point de vue arménien auprès des russophones du pays, voire de toute la région. Il soutient la construction d’une Arménie « forte » et veut « combattre la propagande » qui vient d’Azerbaidjan, le voisin avec lequel la tension est toujours vive.

« Le président de l’Azerbaïdjan raconte que Erevan est une ville azérie! Or l’Azerbaïdjan est une création récente, tandis que Erevan est plus ancien que Rome…Et il y en a plein d’histoires comme celles-ci » , explique Marina Grigorian, rédactrice en chef adjointe de Golos Armenii ( la voix de l’Arménie, en russe). Elle ne décolère pas en évoquant les dernières déclarations du président azéri.

L’Arménie et l’Azerbaïdjan se sont livré une guerre pour le contrôle du Haut-Karabakh, de 1988 à 1994, qui a fait 30 000 morts. Plus de vingt ans après, ils n’ont toujours signé aucun traité de paix et s’affrontent par titre de presse interposés, et parfois aussi sur le terrain, comme en 2016, où des affrontements dans une zone frontalière ont fait 75 morts.

Alors « La voix de l’Arménie » publie en russe, pour raconter l’actualité du pays aux Arméniens qui préfèrent toujours lire dans la langue de Pouchkine, comme ils le faisaient à l’époque soviétique, mais surtout pour faire entendre à tous les russophones une version arménienne des évènements, et combattre la propagande venue de Bakou.

 » Il existe beaucoup de désinformation qui provient notamment de notre voisin azéri. Nos articles sont basés sur des faits réels » , assure Marina Grigorian, qui écrit sur le Haut-Karabakh. Elle affirme que son journal est indépendant et qu’il «  ne reçoit aucun financement du gouvernement arménien, ni du gouvernement russe ». 

Pour autant, difficile de croire que ce titre peut réussir à se financer avec ses seules ventes. La rédaction compte une vingtaine de journalistes. Le titre paraît trois fois par semaine: les mardis, jeudis et samedis, en noir et blanc. Il ne se vend qu’à 3000 exemplaires. Le site internet en couleurs  a lui plus de succès, puisqu’il comptabilise selon la direction près de 400 à 1000 visites chaque jour. Difficile d’en savoir plus sur le profil de ces lecteurs. Une chose est sûre, « on nous lit attentivement en Azerbaïdjan », indique Marina Grigorian.

 

Maria Grégorian fait partie des deux journalistes de la rédaction qui couvre le Haut-Karabakh (Crédit: Joanne Saade)

Golos Armenii défend les intérêts de l’Etat arménien .  » Nous sommes pour l’indépendance de l’Arménie et pour la constitution d’un Etat fort et puissant », répond Marina Grigorian quand on l’interroge sur la ligne éditoriale de son journal.

Elle affirme que les journalistes de sa rédaction sont libres d’écrire ce qu’ils souhaitent.  » Il n’y a aucun sujet interdit, les journalistes peuvent avoir des opinions critiques, contrairement aux autres journaux russophones « , dans lesquels la journaliste a également travaillé.

L’Arménie compte trois journaux russophones, dont l’un, Respublika (République) est publié par le Parlement, et l’autre, Nove Vremia (Temps nouveaux), est également indépendant.

 

Ici pas d’open-space. Les journalistes partagent souvent des bureaux de deux personnes (Crédit: Joanne Saade)

Fondé en 1991, après la chute de l’URSS, Golos Armenii a récupéré les locaux et une bonne partie de l’équipe de  » Kommunist « , quotidien qui à l’époque était sous la tutelle du pouvoir soviétique.

Et depuis 28 ans, peu de choses ont changé en ce qui concerne les locaux. Le temps semble s’y être arrêté. Un air d’Union soviétique règne dans la rédaction : le mobilier est spartiate, la décoration inexistante. Ici pas d’open-space, les journalistes travaillent à deux dans des petites pièces donnant sur un très large couloir qui occupe tout l’étage du bâtiment  » Mamuli Chenq »  – le bâtiment de la presse en arménien-  qui abrite de nombreuses rédactions des journaux du pays…comme au temps de l’URSS.