L’Arménie va couper la chique aux fumeurs

A partir du mois de novembre 2018, les Arméniens devront se passer de tabac dans la plupart des lieux publics. Dans ce pays où plus de 50 % des hommes fument, le gouvernement souhaite restreindre la consommation de tabac. Une initiative mal accueillie, notamment par les gérants des bars et restaurants. 

« Fumer, ça fait partie de notre culture ». Cigarette à la main, Hartch Davidian, le gérant du bar Le Calumet, au nord d’Erevan, s’agace : « C’est absurde de nous imposer de ne plus fumer dans les pubs. Mes clients viennent pour faire la fête, et ça ne va pas sans fumer ». Depuis quelques semaines, le ministère de la Santé élabore un projet de loi visant à réduire la consommation de tabac. Dès novembre 2018, fumer dans les bars, les restaurants ou encore les transports en commun devrait être interdit. Les fumeurs récalcitrants seront punis d’une amende de 250 000 drams, soit plus de 420 euros, soit plus d’un mois de salaire moyen (qui est de 300 euros).

Les gérants des bars s’exposeront eux aussi à une amende s’ils ne font pas respecter la loi. « On paiera pour chaque personne fumant à l’intérieur. C’est trop élevé, je n’aurai pas d’autre choix que de me soumettre à cette nouvelle règle. Je serai obligé de faire la police dans mon propre bar », crache Hartch Davidian derrière l’épaisse fumée de sa gitane. Le quadragénaire reproche au projet d’être trop « dur ». En Arménie, plus de 50 % des hommes fument, selon une étude du Service des statistiques nationales d’Arménie menée en 2017. Les femmes, quant à elles, ne sont que 4 % à consommer du tabac. « Fumer moins, pourquoi pas ? Mais pas aussi radicalement. Il faut éduquer la population et imposer des restrictions graduellement », préconise-t-il.

21 bars et restaurants non-fumeurs

Chez Tashir Pizza, la fumée envahit la salle du restaurant. Fumeurs et non-fumeurs cohabitent. La situation ne dérange pas Hayk Harutyunyan, qui déguste un ajarian, plat géorgien, tandis que son voisin allume sa cigarette. Pourtant, il se dit favorable au projet de loi car il souhaite protéger ses enfants des risques liés au tabagisme passif. Il pointe cependant du doigt un défaut : « Au lieu d’interdire la cigarette partout, le ministère devrait plutôt imposer que chaque restaurant ait un coin fumeur et non-fumeur ».

Certains bistrots offrent déjà cette séparation, comme le Coffe shop company. Mais l’espace fumeur reste majoritaire. Dans cette brasserie à la décoration moderne, les cinq tables réservées aux non-fumeurs sont entourées par 25 autres, où la cigarette est autorisée. Hayk Vardanyan, le gérant, ne semble pas s’inquiêter du confort des non-fumeurs : « Les gens viennent ici car ils savent qu’ils peuvent fumer pendant leur repas. S’ils ne veulent pas de cigarette, ils vont ailleurs ».

« Ailleurs », c’est dans les 21 espaces strictement non-fumeurs, les seuls à être recensés sur une carte interactive. Dès son ouverture, il y a dix ans, le glacier Il solo gelato a refusé la consommation de tabac. « Il y a si peu d’endroits qui ne sont pas pollués par l’odeur de la cigarette, c’était important pour nous d’imposer cette règle », explique la gérante, Nelly Saranyan qui a pris le parti de devancer la loi. Ici, les parents amènent leurs enfants manger des glaces. Nelly Saranyan ne souhaitait pas que « les enfants avalent de la fumée au goûter ».

La gérante admet perdre des clients en raison de cette restriction. « La période la plus propice pour nous, c’ est l’été. On peut installer une terrasse en extérieur. Ainsi, tout le monde est satisfait », détaille-t-elle. Et elle se réjouit de la nouvelle loi qui mettra tout le monde d’accord.