L’Ensemble Ani, une troupe de danse arménienne à Paris

Ils perpétuent la culture de leurs ancêtres en interprétant des danses traditionnelles arméniennes. L’Ensemble Ani est un groupe parisien composé de jeunes issus de la diaspora, qui conservent ainsi un lien avec leurs racines.

L'Ensemble Ani danse main dans la main, selon la tradition arménienne.

« Je veux des mouvements hachés menu. C’est lent, c’est lourd, c’est intense. » La voix du professeur accompagne les pieds des danseurs qui martèlent le sol en cadence. Leurs pas résonnent dans la salle, évoquant l’histoire tragique de deux frères séparés lors du génocide arménien. Puis la musique devient lancinante, les gestes des danseurs plus fluides. Chorégraphiée pour commémorer le génocide et l’exil du peuple arménien, la danse représente le chaos, puis le retour de la vie.

C’est l’Ensemble Ani, un groupe de seize jeunes danseurs d’origine arménienne, qui interprète cette chorégraphie. Réunis au centre culturel de la Jeunesse Arménienne de France à Paris, ils donnent corps aux danses de leurs ancêtres. Certaines, créées après l’exil de 1915, raisonnent également de la perte collective subie par leur peuple. A travers des spectacles et des manifestations culturelles, ils diffusent la culture et les traditions arméniennes sous la direction d’Arto Beckdjian, professeur de danse également membre de la diaspora arménienne en France.

« Les danses traditionnelles, ce sont les danses du peuple« , explique l’enseignant. « Ce sont des personnages, des messages. Il faut être imprégné de ce qui se passe dans notre pays pour jouer cela.« 

Certaines oeuvres sont profondément mélancoliques et parlent de la perte de ce qui nous est cher. L’une de celles-ci, interprétée par les filles de la troupe, raconte l’histoire d’une femme qui n’a plus de nouvelles de l’homme qu’elle aime. En filigrane, c’est la perte de sa patrie, de l’Arménie, qui transparaît.

Des filles de la troupe interprètent Sareri Hovin Mernem (photo J-G Fernandez).

« La spécificité de la danse arménienne est qu’elle est très ancrée dans sa musique et les danseurs essaient de transmettre des images à travers leurs mouvements« , expose Arto Beckdjian. « L’Arménie étant une région très montagneuse, les postures sont bien ancrées au sol pour incarner ces images.« 

Main dans la main, les danseurs de l’Ensemble Ani forment des chaînes et des rondes. Par tradition, les danses arméniennes se font en groupe. L’individu passe au second plan. On y voit peu de solos, mais un synchronisme qui culmine avec des figures comme la pyramide humaine.

Une recherche identitaire à travers la danse

Les danseurs de l’Ensemble Ani sont d’origine arménienne. Ils sont tous nés et ont grandi en France, se sentant Français mais désireux de garder un lien avec l’Arménie. Pour Arto Beckdjian, la pratique de la danse traditionnelle arménienne « est motivée par une recherche identitaire. C‘est une façon de prendre ce souffle de l’autre pays, de cette autre moitié de nous. Ces jeunes ont besoin d’avoir ce lien avec leur identité passée.« 

Les images et les messages contenus dans les pas de danse « contribuent à comprendre ce que ça veut dire d’être arménien » selon Alexis Goudlijian. Ce jeune homme pratique la danse traditionnelle arménienne depuis qu’il a 6 ans. S’il a commencé à danser sous l’impulsion de ses parents, tous deux issus de la diaspora, il est aujourd’hui complètement engagé dans la communauté des Arméniens de France.

Alexis Goudlijian, 20 ans, danseur de l’Ensemble Ani (photo J-G Fernandez).

Alexis, comme ses camarades de l’Ensemble Ani, a conscience de son rôle dans la diffusion d’une culture ancienne. « Il y a plus d’Arméniens dans la diaspora qu’en Arménie. C’est notre devoir de perpétuer la culture, de la faire vivre pour pas qu’elle ne s’éteigne. » Ces sens de la communauté et du devoir lui ont été inculqués par ses parents et grand-parents, tous Arméniens. Ce sont ses arrières-grand-parents qui ont quitté le pays au moment du génocide arménien.

Comme Alexis, d’autres danseurs de la troupe portent le souvenir du génocide perpétré par la Turquie. Bien qu’un siècle se soit écoulé, ils n’oublient pas l’événement qui a poussé leurs familles à émigrer en Europe. Lors de leur spectacle, les membres de l’ensemble nomment toutes les villes où des Arméniens ont été massacrés par les forces turques.

Passionné de nouvelles technologies et de culture, je suis un journaliste tourné vers l’international. Les Etats-Unis en particulier, où je compte m’installer une fois mon Master de journalisme en poche !

Passionné de nouvelles technologies et de culture, je suis un journaliste tourné vers l'international. Les Etats-Unis en particulier, où je compte m'installer une fois mon Master de journalisme en poche !