Le gouvernement déclare la guerre aux voitures japonaises

Le 11 janvier dernier, le gouvernement arménien a voté une loi interdisant l’importation de véhicules équipés d’un volant à droite. Dans un pays où les routes sont faites pour les voitures avec siège conducteur à gauche, elles seraient responsables de nombreux accidents. 

Des voitures à perte de vue. Sur cette colline, les véhicules s’entassent, enveloppés dans un nuage de pollution. Chaque week-end, dans la banlieue d’Erevan, des milliers de particuliers se pressent sur cette étendue bétonnée pour tenter de faire des affaires au marché des voitures d’occasion.

Ce samedi matin, Khatchik Houanessyan vend un SUV Nissan X-Trail flambant neuf. Particularité du véhicule: son volant est à droite, dans un pays où on ne roule pas à gauche. Le SUV -faux 4×4 urbain- de Khatchik Houanessyan n’a rien d’un cas isolé. Selon le magazine Nouvelles d’Arménie, quelque 32.000 véhicules semblables circulent sur les routes de la petite République du Caucase.

A l’image de ce véhicule, elles viennent pour leur quasi-totalité du Japon. Khatchik Houanessyan a l’habitude de les faire venir d’Asie où elles sont fabriquées à bas coût pour les revendre dans son pays. Amer, il explique que cette transaction sera sa dernière. Le 11 janvier dernier, le Parlement arménien a voté une loi visant à « interdire temporairement l’importation de véhicules avec un volant à droite », comme le rapporte le site d’informations en ligne Panorama Am.

Plus récentes, mieux équipées et moins chères

A partir du 1er avril prochain, il sera donc interdit de faire venir ces véhicules du Japon. Et pour cause: ces voitures seraient responsables de près de 30% des accidents de la route. Pour les revendeurs, c’est un coup dur. Plus récentes, mieux équipées et surtout moins chères, elles rencontrent un franc succès auprès des automobilistes arméniens.

Ce samedi matin Daron et Mariam se baladent dans les allées du marché automobile au pied du vieux centre d’Erevan. Ils cherchent à acheter une voiture. Ils ont un budget de 1.500.000 drams (2.500 euros). Malgré le vote de la loi qui menace leur utilisation, ils souhaitent acheter une voiture équipée d’un volant à droite.

Selon certains revendeurs, la nouvelle réglementation a eu l’effet pervers de faire baisser encore un peu plus le prix de revente de ces véhicules. Contrairement à Daron et Marian, certains acheteurs seraient plus réticents depuis que le gouvernement les a dans le collimateur. Avant, le vote de la loi Khatchik Houanessyan aurait demandé 2.500.000 drams (4.000 euros) pour son SUV. Aujourd’hui pour être sûr d’écouler son dernier modèle il le brade à 2.000.0000 drams (3.500 euros).

L’intérieur du Nissan Xtrail de Khatchik Houanessyan. (Crédit : Clothilde Bru)

Changer le volant de côté se révèle dangereux

Un peu plus loin sur ce parking géant, Arthur Balayan est en train de polir le pare-chocs d’une vieille Mercedes Classe C qui a le volant à gauche. L’achat et la vente de voiture constituent son activité principale depuis dix ans. Jusqu’au vote de la loi, il vendait de tout: des voitures avec le volant à droite comme à gauche. « C’est important que les clients aient du choix », explique-t-il les doigts noircis par la patineuse qu’il applique méthodiquement sur le véhicule.

Si pour lui aussi cette loi est un coup dur il reste philosophe: « au lieu de ramener une voiture avec le volant à gauche j’en ramènerai deux! » Si la loi a fait baisser le prix des voitures avec le volant à droite, selon Arthus Balayan la réciproque ne se vérifie pas. Le prix des voitures avec un volant à gauche n’a pas pour autant augmenté.

Toutes les voitures avec le volant à droite, arrivées sur le territoire arménien avant le 1er avril, pourront continuer à circuler. Si le gouvernement venait à en interdire l’usage, qu’adviendrait-il de tous ces véhicules? Selon les revendeurs, changer le volant de côté n’est pas la solution. La manoeuvre – « du bricolage » – peut se révéler très dangereuse: les câbles reliés au volant peuvent générer des courts-circuits et faire brûler le véhicule. Daron et Marian qui achèteront peut-être aujourd’hui leur première voiture avec un volant à droite, restent confiants: « si jamais la loi devait durcir, le gouvernement assurera la transition. »

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Journaliste à Konbini news et étudiante au CELSA

Journaliste à Konbini news et étudiante au CELSA