L’Arménie, plus vieux pays chrétien au monde ?

L’Arménie est souvent associée à ses profondes racines chrétiennes. Si profondes que l’Arménie est même qualifiée de plus vieux pays chrétien au monde.

En juin 2016, le Pape François s’est rendu en Arménie pour effectuer « un pèlerinage au pays des premiers Chrétiens ». L’Arménie a en effet adopté le christianisme comme religion d’État dès 301, lors de la conversion du roi Tiridate IV par Grégoire l’Illuminateur. Celui-ci devient le premier saint arménien, fonde des évêchés (territoires administrés par un évêque) et entraîne de nombreuses conversions. « Nous avons des preuves de cet évènement dans des textes historiques, notamment les premières chroniques en langue arménienne, qui datent du Vème siècle », précise Mikaël Nichanian, historien et conservateur des collections arméniennes à la Bibliothèque nationale de France.

En comparaison, l’Empire romain adopte le christianisme une trentaine d’années plus tard lorsque l’empereur Constantin Ier se convertit sur son lit de mort. Néanmoins, c’est aux alentours de 380-395 que la foi chrétienne devient réellement religion d’État dans l’Empire.

L’Église apostolique arménienne s’est déclarée indépendante de l’autorité du pape en 374, bien avant le concile de Chalcédoine qui la déclare en rupture après des désaccords théologiques. Elle est dite « apostolique » en référence aux apôtres Barthélémy et Thaddée qui ont évangélisé le pays. De plus, la légende biblique veut que l’Arche de Noé se serait échoué sur le mont Ararat, à l’époque faisant partie du royaume arménien, et aujourd’hui en Turquie. Un des descendants de Noé se serait installé dans la vallée.

“Le septième mois, le dix-septième jour du mois, l‘arche s’arrêta sur les montagnes d’Ararat.” (Genèse, 8:4)

Dans une interview donnée au journal La Croix, le père Shahe Ananyan, théologien ayant étudié en France, estime que « que l’identité arménienne est née au sein de l’Église apostolique ». La religion a en effet joué un grand rôle dans la constitution de l’Arménie comme état-nation et dans le rassemblement des arméniens en un peuple. C’est pour traduire la Bible que l’alphabet arménien est créé par le moine Mechrop Machtots en 405. À la religion structurante s’ajoute donc la codification de la langue comme point de repère du peuple.

Pour Mikaël Nichanian, l’institution religieuse arménienne demeura également le facteur de cohésion des Arméniens durant les différentes invasions successives que connut le pays entre le IVème et le XIème siècle par les Sassanides, les Byzantins, les Perses et les Arabes. « Après ces invasions, très peu d’Arméniens étaient rassemblés sur le même territoire. La religion était un moyen de développer l’identité, une identité de résistance face aux envahisseurs. »

L’importance de la religion se manifeste également dans les mœurs quotidiennes: importance de la virginité avant le mariage, rareté des divorces, solidarité familiale et hospitalité. Néanmoins, des traditions païennes antérieures à l’établissement du christianisme continuent d’être célébrées en Arménie. Elles ont pour base les cultes du Feu, de la Lune, du Soleil, et se manifestent lors de célébrations comme le Terendez. Cette fête s’apparente à une Saint Valentin arménienne et symbolise la fertilité pour les jeunes couples. Selon la tradition, les jeunes mariés et les amoureux doivent sauter au dessus d’un feu de joie pour voir leur union bénie et fertile.

Asmaa Boussaha et Alice Pattyn