La diaspora arménienne trois fois plus importante que sa population locale

Deux tiers de la population arménienne ne vit pas sur son territoire. Depuis les premières vagues d’émigrations lors du génocide de 1915, le phénomène n’a cessé de prendre de l’ampleur. La Russie, l’Europe et les États-Unis demeurent les principales terres d’accueil pour les Arméniens. Mais les conditions d’entrée se durcissent.

Selon les données de l’Ined et de l’ONU, sur 11 millions d’Arméniens, 3 millions seulement résident en Arménie. Ils sont environ 2,2 million en Russie, 600.000 en Europe et 1,2 millions aux Etats-Unis. Ces chiffres englobent les Arméniens nés dans les pays d’accueil. Mais concernant la diaspora arménienne, si les chiffres sont parlants il faut rester vigilant: il reste très difficile d’établir avec précision le nombre d’Arméniens vivant hors de leurs frontières, notamment pour des pays qui n’autorise pas la réalisation de ces statistiques comme la France par exemple.

La France est le premier pays d’accueil des Arméniens en Europe avec environ 400.000 Arméniens (estimations du Comité de défense de la cause arménienne (CDCA) et du Centre de recherches sur la diaspora arménienne (CRDA)). Dès 1915, la population arménienne émigrante se rassemble à Marseille, première ville d’accueil de la communauté arménienne en France. Puis viennent les villes le long du Rhône: Lyon, Valence, Saint-Etienne et Paris. Les Arméniens de Russie viennent à leur tour s’installer en France après la Révolution russe de 1917. Cette fois, les émigrants sont davantage issus de la bourgeoisie.

Objectif quatre millions 

L’histoire de la diaspora arménienne est étroitement liée au passé géopolitique du pays et de son appartenance à différents empires. La chute de l’URSS en 1991 entraîne de nouvelles vagues d’émigration, nombreux sont les Arméniens qui partent travailler en Russie. Alors que la France et les Etats-Unis durcissent les conditions d’accueil sur leur sol, la Russie permet à plusieurs milliers d’Arméniens de venir y travailler chaque année. Souvent, les hommes sont envoyés en Sibérie, et ne reviennent pas systématiquement dans leur pays d’origine.

Si la communauté arménienne de Syrie est progressivement revenue s’installer en Arménie pendant la guerre qui éclate en 2011, le nombre d’émigrants est chaque année plus important et ne compense pas les retours. Des migrations économiques et politiques souvent motivées par l’envie de trouver un meilleur avenir ailleurs, pour sortir d’un pays qui ne se modernise pas assez vite. Les affrontements réguliers qui opposent l’Arménie à l’Azerbaïdjan poussent également les plus jeunes à partir.

Les conséquences sont multiples, la première demeure le vieillissement de la population. D’un autre côté, les échanges qui se poursuivent entre la diaspora et les Arméniens d’Arménie sont un atout économique majeur pour le pays. En septembre dernier, le 6e forum de la diaspora s’est déroulé dans la capitale d’Erevan. Intitulé « Confiance Réciproque, Unité et Responsabilité », le forum a rassemblé des Arméniens de 71 pays. Le président Serge Sargsyan a clairement évoqué le défi démographique en Arménie fixant l’objectif des « 4 millions d’habitants d’ici 2040. » Reste à savoir comment les pouvoirs publics comptent s’y prendre.

Aline Bottin et Léa Duperrin

Etudiante en deuxième année au Celsa, journaliste en devenir.

Etudiante en deuxième année au Celsa, journaliste en devenir.