Ces trois hommes qui dominent la scène politique arménienne

Le paysage politique arménien est en plein bouleversement. Le pays s’apprête en effet à passer d’un système semi-présidentiel à celui d’un régime parlementaire au mois d’avril. Zoom sur trois hommes au cœur de ce changement.

En avril prochain, l’Arménie deviendra officiellement un régime parlementaire. Cette réforme, qui sera pleinement effective à compter de la prochaine élection présidentielle le 2 mars, devrait remodeler le paysage politique du pays, dominé depuis dix ans par l’actuel président de la République, Serge Sarkissian. À ses côtés, deux hommes représentent le présent et le futur de la politique arménienne.

> Serge Sarkissian

Né au Karabagh en 1954, Serge Sarkissian accède à la plus haute marche du pouvoir après plus d’une décennie de haut-fonctionnariat dans différents ministères régaliens. Il occupe d’abord plusieurs postes au sein du comité de défense de sa région lors la guerre du Haut-Karabagh avant d’être nommé ministre de la Défense en 1993. Deux ans plus tard, ce diplômé de philologie prend la tête du département de la sécurité d’Etat, puis celui de l’Intérieur jusqu’en 1999. La même année, il accède au poste de chef d’Etat-major avant de retourner à la Défense en 2000. Élu président du Parti républicain d’Arménie (HHK) en 2007 et nommé Premier ministre dans la foulée, Serge Sarkissian remporte au premier tour les élections présidentielles de 2008 et 2013.

Serge Sarkissian. (Crédit photo : http://en.kremlin.ru/)

Après deux quinquennats consécutifs, Serge Sarkissian ne peut prétendre à sa propre succession. Qu’importe, seraient tentés de dire certains, puisque son successeur perdra la majorité de ses prérogatives au bénéfice du Premier ministre, du fait de la réforme. Impossible de le voir partir pour beaucoup qui soupçonnent aussi ce stratège, par ailleurs président de la fédération d’échecs, de tout mettre en oeuvre pour obtenir ou contrôler le poste de futur Premier ministre. De son côté, il n’a pas encore livré sa décision.

> Karen Karapetian

Placé au poste de Premier ministre par Serge Sarkissian en septembre 2016, Karen Karapetian n’a pas suivi la même trajectoire bureaucratique. Avant qu’il ne sorte du chapeau du Président, l’actuel Premier ministre et vice-président du HHK a bâti l’essentiel de sa carrière dans le privé au sein de l’entreprise russe Gazprom qu’il intègre en 2001. La même année, il obtient le poste de vice-ministre à l’Énergie. Karen Karapetian continue toutefois de grimper les échelons dans le privé  et devient vice-président de Gazprom Bank en 2011. Dans le même temps, il travaille comme haut dirigeant dans la filiale énergie et investissement du groupe. Des postes occupés en Russie mais mis en parenthèse par un passage éclair à la mairie d’Erevan entre décembre 2010 et octobre 2011, ponctué d’une démission pour “raisons personnelles”. Karen Karapetian n’a, pour l’instant, jamais exclu la possibilité de conserver son poste à l’issue de la prochaine élection.

Karen Karapetian. (Crédit Photo : Republic of Armenia)

> Armen Sarkissian

Les médias arméniens ne parlent plus que de lui depuis la mi-janvier. Si le Parti républicain se refuse toujours à avancer le nom de son futur Premier ministre, Armen Sarkissian devrait être, à moins d’un improbable retournement de situation, nommé président de la République le 2 mars prochain. Quasi-inconnu avant cela, le candidat officiel du HHK est actuellement ambassadeur au Royaume-Uni, pays dans lequel il établit, en 1991, la toute première ambassade à l’Ouest de la nouvelle République d’Arménie. Ancien professeur de physique, il incarne le pendant occidental du board politique de Serge Sarkissian.

Armen Sarkissian. (Crédit Photo : World Economic Forum/ Serkan Edeleklioglu)

Il quitte l’Arménie en 1984 pour occuper de très nombreux postes diplomatiques dans divers pays et institutions de l’Union Européenne. Comme Karen Karapetian, Armen Sarkissian n’a fait qu’une brève apparition dans le paysage politique de son pays en tant que Premier ministre entre 1996 et 1997. Autre point commun, le probable futur président de la République possède lui-aussi une petite expérience dans le secteur privé : BP, Alcatel… Armen Sarkissian est aussi le fondateur de plusieurs sociétés d’investissement dans les secteurs de l’énergie, les télécommunications ou encore l’immobilier. Trois domaines très porteurs dans les pays de l’ex-Union Soviétique.

 

Antoine Colombani & Malgo Nieziolek