L’Arménie se rêve en nouvelle Silicon Valley

Ancien centre industriel de l’URSS, l’Arménie amorce son retour dans le secteur des technologies de pointe. Une main d’œuvre hautement qualifiée, combinées aux initiatives privées et publiques, contribuent à faire de ce petit pays du Caucase une nation compétitive.

« Cribby » est un berceau intelligent. Il garde le bébé par vidéo, le prend en photo, l’entoure d’une lumière tamisée, le pèse et surveille son débit d’air. L’objet pourrait être sorti tout droit de la Silicon Valley. Il n’en est rien : le berceau a été conçu en Arménie. Et cette innovation n’est pas un cas isolé dans le pays.

Autre exemple, celui de PicsArt. Spécialisée dans les logiciels de retouche et de partage de photographies, la société a été lancée en Arménie en 2011. Son application a été téléchargée 250 millions de fois et est utilisée par plus de 65 millions de personnes dans le monde. En 2015 le magazine Forbes l’a même nommée « start-up la plus prometteuse de l’année », date à laquelle la société a décidé d’ouvrir une antenne à San Francisco.

Les investisseurs ont bien compris l’intérêt de développer des technologies de pointe dans un pays en pleine mutation. L’Arménie a des arguments en sa faveur : le pays a déjà connu une industrie très prospère sous l’ère soviétique. Spécialisée alors principalement dans l’industrie militaire, elle fournissait entre 25% et 30% des équipements informatiques destinés à l’industrie spatiale soviétique.

Ingénieurs hautement qualifiés

Armé de ce savoir-faire industriel, le pays cherche désormais à diversifier et développer une économie jusqu’ici dépendante des ressources naturelles et d’une main d’œuvre bon marché. Le secteur privé soutient notamment la formation d’une nouvelle génération d’ingénieurs hautement qualifiés. Ainsi la société Synopsys, leader dans le secteur du software et des composants électroniques et implantée sur place depuis 2004, développe un partenariat avec plusieurs universités arméniennes. L’objectif: dispenser des cours aux étudiants pour ensuite embaucher les diplômés.

Le géant Microsoft propose également des cours de codage dans son centre d’innovation à Erevan. C’est aussi dans la capitale que s’est installé le centre Tumo. Il propose des formations digitales gratuites, après les cours, à des jeunes de 12 à 18 ans. Les élèves peuvent choisir entre jeux vidéos, robotique, vidéo et musique. Et ce modèle fait des adeptes: Anne Hidalgo a annoncé qu’un centre similaire allait ouvrir à Paris en septembre prochain.

De son côté, le gouvernement affiche son ambition. Il a déclaré le secteur informatique comme prioritaire dès le début des années 2000. Il encourage notamment l’implantation de ces sociétés avec une politique fiscale avantageuse. Les start-ups avec moins de 30 employés et dont le siège est en Arménie bénéficient notamment d’avantages fiscaux depuis une loi adoptée en décembre 2014. Dans la capitale, deux zones économiques franches permettent à certaines entreprises d’être dispensées de la TVA, des taxes foncières ou encore des droits de douane.

Un argument qui favorise les investissements étrangers en Arménie. Le secteur des technologies de l’information a progressé en moyenne de 22% par an entre 2008 et 2014. Selon le gouvernement, les 450 entreprises installées en Arménie ont réalisé en tout 560 millions de chiffre d’affaires en 2015.

Reste un défi pour l’Arménie: la fuite des cerveaux. De nombreux scientifiques décident de partir à l’étranger – notamment aux Etats-Unis – pour avoir de meilleures conditions de vie. Le manque de main d’œuvre commence à se faire sentir. Il faudrait 1000 spécialistes supplémentaires chaque année dans le domaine.

Emilie Salabelle et Chloé Tixier