L’Arménie en quête d’indépendance énergétique

L’essentiel de l’électricité consommée en Arménie est importée, principalement de Russie. Le pays peine à produire sa propre énergie avec le nucléaire, et se tourne vers le solaire pour pouvoir s’émanciper.

L’Arménie dépend de l’une des centrales nucléaires les moins sûres du monde. La vieillissante centrale de Metsamor, proche de la capitale Erevan, génère 40% de l’électricité produite dans le pays. Techniquement obsolète et située sur une faille sismique, elle a dû être fermée en 1988 suite à un tremblement de terre, mais rouverte par nécessité. L’Arménie a annoncé sa volonté de garder la centrale ouverte jusqu’en 2026 au moins. « Il faudra un jour la fermer et nous devons être prêts », explique le vice-ministre arménien de l’Energie Haïk Haroutiounian. « C’est pour cela que ces dernières années, l’Arménie accentue ses efforts pour développer les sources d’énergie alternatives à partir de l’eau, du vent et du soleil. »

La part du nucléaire dans la production d’énergie en Arménie est en chute depuis 2009.

L’ancien pays soviétique dispose notamment de ressources solaires exceptionnelles. Il reçoit en moyenne 1 720 kilowatt-heures par mètre carré d’énergie solaire, soit 70% de plus que la moyenne européenne. Correctement exploité, ce potentiel solaire pourrait générer 3 000 mégawatts, l’équivalent de deux centrales nucléaires de nouvelle génération.

Le gouvernement arménien a établi une « feuille de route énergétique » avec pour objectif 8% de la consommation en électricité couverte par les énergies renouvelables d’ici 2021. Des investisseurs internationaux, dont la Banque Mondiale, prévoient la construction d’une centrale solaire  capable de subvenir à une partie de la demande arménienne. Trois petites centrales sont déjà en activité, sept de plus doivent voir le jour en 2018. Pour ouvrir la voie, le gouvernement a annoncé que son siège sera entièrement alimenté par l’énergie solaire avant la fin de l’année.

Se libérer de l’influence russe

Le pays souhaite « diversifier de plus en plus ses sources d’énergie pour assurer sa sécurité et son indépendance énergétiques », explique le vice-ministre Haïk Haroutiounian. Derrière ce terme d’indépendance énergétique se cache une réalité difficile pour le pays: l’Arménie est complètement dépendante de la Russie. Elle importe la majorité de l’énergie qu’elle consomme, et une grande partie vient de la Russie. Celle-ci fournit tout le combustible de la centrale de Metsamor, et la quasi-intégralité du gaz naturel que consomme l’Arménie.

Plus de 70% de l’énergie consommée en Arménie est importée, principalement de Russie. Ce chiffre est descendu, de 98% à 70%, grâce à la production de la centrale nucléaire de Metsamor.

Pour l’ex-république soviétique, la dépendance envers le gaz russe implique une perte de contrôle politique. « Les sources alternatives d’énergie peuvent aider à diminuer la dépendance énergétique de l’Arménie envers la Russie et ainsi affaiblir les moyens de pression politique du Kremlin sur Erevan », affirme l’analyste Alexandre Avanessov.

« L’Arménie voudrait se détacher un peu plus de la Russie, sans s’en séparer complètement. L’Arménie est un ancien territoire soviétique, russophone », déchiffre Gérard Achdjian, économiste spécialiste de l’Arménie. « La Russie protège l’Arménie vis-à-vis de la Turquie. Les Arméniens préfèrent être dépendants de la Russie plutôt qu’être envahis par la Turquie. C’est une situation très complexe, où l’Arménie est soumise à des pressions intenses, et l’énergie est le secteur où cela se manifeste le plus. Le président actuel est un grand joueur d’échec, et il cherche à trouver un équilibre. »

Le développement de l’énergie solaire se fait donc lentement, mais il est inexorable. Levon Amirjanyan, Ministre Conseiller à l’ambassade arménienne en France, l’explique: « Actuellement, 10 sociétés étrangères sont pré-qualifiées et sont en compétition pour la construction d’une station solaire photovoltaïque de 55 MW, dont la capacité de production annuelle représentera 1,5% de la production totale de l’Arménie. » Les résultats de la compétition seront connus ce printemps.

Passionné de nouvelles technologies et de culture, je suis un journaliste tourné vers l’international. Les Etats-Unis en particulier, où je compte m’installer une fois mon Master de journalisme en poche !

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