Les relations entre l’Arménie et ses voisins

L’Arménie partage ses frontières avec quatre pays: la Géorgie au nord, l’Azerbaïdjan à l’est, l’Iran au sud et la Turquie à l’ouest. Deux axes se distinguent entre relations conflictuelles d’un côté, commerciales de l’autre.

> L’axe est-ouest: des tensions profondes

Avec l’Azerbaïdjan. L’Arménie s’écharpe avec son voisin à l’est, l’Azerbaïdjan, autour de la question du Haut-Karabagh. Cette région a été rattachée à la République soviétique de l’Azerbaïdjan par Staline, mais elle est majoritairement peuplée d’Arméniens. En février 1988, le Haut-Karabagh, soutenu par l’Arménie, déclare son indépendance et entraine Erevan dans un conflit ouvert avec Bakou qui provoquera plus d’un million de réfugiés.

Un cessez-le-feu est signé le 16 mai 1994 à la défaveur de l’Azerbaïdjan. A la suite de cela, l’Arménie occupera 15 à 20% du territoire Azerbaïdjanais autour du Haut-Karabagh. Le conflit entre les deux pays connait une résurgence en avril 2016 et débouche sur la “guerre des quatre jours” sur la frontière du Haut-Karabagh. Chaque pays accuse l’autre d’avoir poussé au combat. Un cessez-le-feu est signé le 8 avril mais plusieurs centaines de morts sont à déplorer. Aujourd’hui, il n’existe ni relations économiques ni diplomatiques propres entre les deux pays, qui sont toujours en état de guerre. La République du Haut-Karabagh n’est, elle, reconnue par aucun Etat membre de l’ONU.

Avec la Turquie. Il n’y a aucune relation diplomatique avec la Turquie”, cette affirmation de Levon Amirjanyan, ministre-conseiller de l’Ambassade d’Arménie en France résume bien la situation. Si des tensions ont toujours existé entre les deux pays, le génocide de 1915 a marqué une rupture irréversible entre les deux pays. Aujourd’hui encore, la Turquie refuse de reconnaître ce massacre qui a causé la mort de plus d’un million de personnes. En 2016, le président turc Recep Tayyip Erdogan a réaffirmé qu’il « n’acceptera jamais » les accusations de génocide arménien.

Malgré cela, en 2009 des accords ont été signés entre les deux pays à Zurich afin de normaliser leurs relations diplomatiques. Mais l’initiative a vite échoué. En effet, peu de temps après, la Turquie a conditionné cette normalisation à un règlement, favorable à l’Azerbaïdjan, de la question du Haut-Karabagh. Une condition inacceptable pour l’Arménie qui a décidé de ne pas donner suite à une éventuelle ratification des accords de Zurich. Par ailleurs, afin de soutenir son allié azerbaïdjanais, la Turquie a décidé de fermer toutes ses frontières avec l’Arménie à partir de 1993. Un blocus encore effectif aujourd’hui qui oblige l’Arménie à se tourner vers d’autres voisins.

> L’axe Nord-sud: des relations pacifiques et des débouchés commerciaux 

Avec l’Iran. Ces dernières années, du fait du blocus mis en place par la Turquie et l’Azerbaïdjan, l’Arménie s’est fortement rapprochée de l’Iran. Les relations économiques entre les deux pays se sont intensifiées. En octobre 2017, le Premier ministre arménien, Karen Karapetian, s’est rendu à Téhéran pour signer plusieurs accords dans les domaines du gaz, de l’agriculture, des transports ou encore des sciences. Ces partenariats commerciaux traduisent des relations pacifiques entre les deux pays. Chacun y trouve son compte, l’Arménie n’est plus dépendante du seul gaz provenant de Russie et l’Iran consolide ses relations avec l’Union économique eurasienne. De plus, l’Iran entretient des relations équilibrées avec l’Arménie et l’Azerbaïdjan, toujours en faveur d’une solution pacifique au conflit du Haut-Karabagh, qui pourrait déborder sur l’Iran en cas de guerre à grande échelle.

Avec la Géorgie. Le dernier de ses voisins a longtemps été considéré comme un ennemi par les Arméniens. Si les relations avec la Géorgie se sont nettement améliorées ces dernières années, elles n’en restent pas moins très fragiles. L’Arménie a tout intérêt à pacifier ses relations avec la Géorgie. A cause une nouvelle fois du blocus, la Géorgie reste toujours le principal, sinon l’unique moyen de transit terrestre pour les produits venant ou sortant d’Arménie. De plus elle est le seul passage vers un gazoduc entre Vladikavkaz et Erevan. Les enjeux sont donc grands pour l’Arménie, d’autant plus que les Géorgiens restent eux aussi très attentifs à la situation dans le Haut-Karabagh qui pourrait venir tout bouleverser du jour au lendemain.

Clara Charles & Clément Dubrul